Réflexion

TENTATION

Quand j’étais enfant, nos campagnes ne manquaient pas de commis-voyageurs qui entraient dans nos maisons comme chez eux. Au premier signe de leur présence dans les environs, ma mère disparaissait sauf quand elle avait besoin d’articles précis. Laisser entrer le vendeur, c’est déjà acheter, car c’est lui laisser entendre qu’il nous manque quelque chose qu’il a ; c’est lui donner l’occasion de créer un besoin en nous présentant un tout nouveau produit.

C’est ce qui arrive à Adam et Ève : ils se savent les créatures d’un Dieu qui les aime et veut leur bonheur. Et voilà pourtant qu’ils ouvrent à un inconnu qui sème le doute et le soupçon : on les a trompés. Pourquoi rester limités et ignorants, alors qu’il n’en tient qu’à eux d’être libres et intelligents comme Dieu ? On connaît la suite : « Ils virent qu’ils étaient nus », c’est-à-dire que sans Dieu, ils n’étaient rien.

Que s’était-il passé ? Ils avaient sous-estimé le risque de laisser entrer le tentateur et surestimé leurs capacités à l’affronter. Ils ne réalisaient pas qu’entrer en dialogue avec lui, c’était déjà croire qu’il avait quelque chose à révéler ou à donner dont Dieu ne leur avait pas parlé.

«Temptation, get away from me, but not too far» chantait un groupe religieux. C’était peut-être de l’humour, mais bien loin de ce qu’écrit saint Jacques : « Résistez au démon, il s’enfuira loin de vous » (Jc 4,7).

À l’histoire d’Adam et Ève, l’Évangile oppose le récit des tentations de Jésus. Il a lui-même connu nos plus grandes faims : l’avoir, le pouvoir, le succès. Jésus nous enseigne comment traiter nos faims quand nous sommes tentés de les assouvir en dehors de notre relation à Dieu.

Le Démon va jusqu’à utiliser effrontément la Parole de Dieu comme piège pour faire tomber Jésus ; celui-ci lui oppose les passages qui font sa force dans ces trois tentations. Le Tentateur n’a plus qu’à se retirer, confondu et totalement désarmé.

L’humilité est la première arme de Jésus : il confie son combat à Dieu. Sa deuxième arme, c’est sa confiance absolue en son Père qui sait mieux que nous comment combler les faims, les soifs et les désirs profonds de ses enfants.

Les tentations de faire notre vie en nous passant de Dieu ne manquent pas. Nous voulons en sortir vainqueurs ? Alors, avec Jésus, armés de son humilité et de sa confiance, que nos combats soient grands ou petits, s’il y en a, confions-les à Dieu.

 Jean-Louis Courchesne, s.m.m.