DOUTER
Je vais peut-être en étonner plus d’un, mais je dois vous admettre ma profonde sympathie à l’égard de Thomas. Mettons-nous dans ses sandales, après tout. Le Christ a été crucifié il y a quelques jours à peine. Les apôtres, pourchassés, se terrent dans la crainte d’être violemment réprimés à leur tour. Les portes de leur cachette sont donc bien verrouillées, mais c’est pourtant par elles que passe Jésus pour se manifester à eux. Et que demande-t-on à Thomas? De les croire sur parole : « Salut mon vieux. En passant, le maître est revenu d’entre les morts pendant ton absence et il en a profité pour venir nous saluer en passant à travers les murs. » Et quoi encore! À sa place, j’aurais été plutôt sceptique moi aussi. Je vais plus loin en posant la question suivante : Et s’il avait eu raison d’avoir douté?
Car le doute n’empêche pas la foi, il l’accompagne et la fortifie. L’ambivalence du verbe « croire » en témoigne, d’ailleurs. Il signifie bien sûr placer sa confiance en quelqu’un, mais il exprime également une incertitude qui demande à être vérifiée. À mon professeur qui me demande si j’ai bien compris telle leçon, je réponds : « Je crois bien, oui. » En suis-je donc si sûr? Je suis amené par-là à revérifier mes notes, mes lectures et ma compréhension des choses. « Je crois en Dieu », récite-t-on au début de la profession de foi. D’accord. Mais qui est ce Dieu, au juste? Un Père tout-puissant? Qu’est-ce que c’est que d’aimer comme un père, alors? Et d’où lui vient cette puissance?
Certes, le Christ déclare bienheureux ceux qui croient sans avoir vu, mais il n’exige de personne une confiance aveugle. Il en appelle plutôt à la vigilance, contre les faux-prophètes par exemple, et à l’intelligence pour mieux éclairer notre foi. N’est-ce pas des « frères assidus à l’enseignement des Apôtres » que l’on retrouve dans la première lecture? À bien y penser, c’est bien plutôt la crédulité – croire trop facilement et sur des bases fragiles – qui est un défaut. Une foi sans doute, une foi qui n’interroge pas, qui ne se questionne pas, n’est jamais très loin du fanatisme.
C’est par les réponses qu’ils formulent à leurs hésitations que tant d’hommes et de femmes dans l’histoire de l’Église éclairent aujourd’hui notre foi. Parmi eux, l’un des plus grands, cet autre Thomas, venu de la ville d’Aquin, qui a fait du doute une étape essentielle pour approfondir la vérité. Loin d’être un obstacle à la foi, c’est par lui que nous sommes invités à découvrir ce qui nous dépasse.
Joël Madore
