IL EST OÙ LE BONHEUR
Avec les Béatitudes, l’Évangile de Matthieu nous enseigne les conditions du « vrai » bonheur. Vaste programme! Car si tous souhaitent le bonheur, il semble que personne ne soit en mesure de le définir clairement. Nous savons cependant qu’il ne se passe pas d’interdits qui établissent les conditions minimales d’un certain bien-être individuel et collectif. C’est ce que nous apprend Moïse qui redescend du Sinaï avec dix commandements, la plupart nous interdisant une action quelconque : ne pas blasphémer; ne pas tuer; ne pas mentir; ne pas commettre l’adultère; ne pas convoiter. D’une autre montagne, maintenant, le Christ nous enseigne une approche à la fois complémentaire et radicalement différente. Il n’y a plus le tonnerre et les éclairs de l’Exode, mais un homme assis parmi les siens et qui s’entretient avec eux sur le ton du partage; et il n’y a plus d’injonction intransigeante, mais une invitation au dépassement personnel, comme l’indique le mouvement de Jésus qui gravit la montagne avec ses disciples dans un mouvement d’élévation spirituelle.
Quelle forme prend ce parcours vers le bonheur, plus précisément? Comme l’indique déjà la première lecture, il s’agit d’une véritable quête : « Cherchez le Seigneur, vous tous, les humbles du pays (…). Cherchez la justice, cherchez l’humilité » (So 2,3). Or le mot « quête » nous vient du verbe latin « quaerere », qui signifie non seulement « rechercher », mais également « vouloir » ou « désirer ». En espagnol, on l’utilise pour dire « aimer » (querer). On commence à comprendre que le bonheur n’est pas un simple plaisir éphémère. C’est un exercice et une poursuite qui nous appelle à transformer notre être et notre agir. Devant un monde souvent dominé par la cupidité et la violence, le Christ nous invite à être humble, doux et accueillant. Et là où il y a iniquités et calomnies, il appelle à agir avec justice et droiture.
Il y a un verbe qui nous permet de bien saisir la nature de ce bonheur : le devenir. On cherche souvent le bien-être dans le repos et le confort. Ce n’est pas à négliger, bien sûr, mais ce n’est pas suffisant. Être heureux, c’est devenir un être humain à part entière. Cela ne se trouve ni dans l’opulence, ni dans la satiété, mais dans le dépouillement d’un désir qui nous entraîne plutôt vers l’horizon de l’essentiel, celui de la paix, de la miséricorde et de la charité. Voilà ce qui nourrit l’âme humaine. Oui, en vérité, « heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés » (Mt 5,6).
Joël Madore
