Réflexion

DE NAZARETH À CAPHARNAÜM

Nazareth, c’est le village homogène, « tricoté serré » : tous parlent la même langue et partagent la même foi. La différence y est difficilement tolérée et les non-pratiquants se font regarder de travers. Capharnaüm, c’est la « Galilée des nations », la ville cosmopolite. On y trouve de tout, sans trop d’ordre, comme dans les locaux qui, aujourd’hui, sont qualifiés de ce nom. Chacun peut y vivre comme il veut et y faire ses affaires en paix. C’est là que Jésus aura son pied-à-terre en Galilée.

Pour Jésus, l’annonce du Royaume est comme un passage de Nazareth à Capharnaüm : il commence par s’occuper « des brebis perdues de la maison d’Israël » et ne tarde pas à étendre son attention aux autres. Comme la foi qu’il éveille et entretient, l’Évangile est pour tous ; il n’a pas de frontières : le serviteur du centurion romain est guéri, comme la fille de la cananéenne ; la samaritaine reçoit sa part d’eau vive. Et contre tout espoir, les exclus de toutes sortes – malades, lépreux, pauvres, pécheurs – sont de la famille.

Après le départ de Jésus, Pierre devra faire le même voyage intérieur et le proposer à l’Église naissante quand il ira baptiser le centurion romain Corneille et sa famille. La Parole s’adresse à tous les enfants de Dieu, qui qu’ils soient, où qu’ils soient. Elle est une Bonne Nouvelle qui se réalise concrètement quand les auditeurs choisissent Jésus pour leur Seigneur et adaptent leur vie à son message.

La Parole est annonce pour tous, elle est, pour chaque personne, appel individuel. Mystérieusement, l’Esprit l’a déjà semée dans les coeurs où elle semble dormir en attendant le choc providentiel qui l’éveillera. Comment expliquer autrement la réponse instantanée de Pierre, d’André et des autres qui, sur sa simple parole, quittent tout sur le champ sans poser de questions ? Leur coeur était à l’écoute, ils n’ont pas manqué l’appel. Leur avenir ne leur paraissait sans doute pas clair mais ils ont fait le saut dans la foi en voyant en Jésus celui qui réalisait la prophétie d’Isaïe (première lecture) : « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; sur ceux qui marchaient dans le pays de l’ombre, une lumière a resplendi. »

Notre époque ne ressemble-t-elle pas à un obscur capharnaüm ? Suivre Jésus comme les premiers disciples, c’est offrir avec lui la lumière à un monde qui, trop souvent, quand il la cherche, ne sait plus où la trouver.

Jean-Louis Courchesne, s.m.m.