Réflexion

L’INNOCENT SACRIFIÉ

L’Évangile d’aujourd’hui nous revient une fois encore avec un récit baptismal. Deux puissants symboles expiatoires – c’est-à-dire ce qui vient réparer ou racheter le péché – sont mobilisés. D’une part, nous lisons que Jean le Baptiste plonge ses disciples dans l’eau afin de les laver de leurs fautes. Les peuples sémites, habitués du désert, sont bien conscients de son importance vitale, et c’est par analogie que sa dimension spirituelle est ici soulignée. D’autre part, il y a le feu, celui de l’Esprit Saint qui descend sur nous, lumière dans nos vies capable de dévoiler et détruire le péché. L’Évangile de Jean introduit un troisième symbole, l’agneau. Il se distingue de l’eau et du feu par une qualité morale qu’on lui attribue dès qu’on le voit : frêle, doux et terriblement mignon, il est la figure par excellence de l’innocence. 

Or c’est cet animal chétif qui est présenté comme étant chargé de porter et nous libérer de nos fautes, selon une formule que nous connaissons bien et qui est prononcée, voire chantée, à chaque Eucharistie, juste avant la communion : « Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde » (Jn 1, 29). Le profond mystique qu’est Saint Jean parvient ici à rassembler en une seule image le Serviteur souffrant d’Isaïe (Is 53) et le bouc émissaire du Lévitique qui prend sur lui toutes les iniquités de la communauté pour les emporter loin dans le désert (Lv 16, 22). C’est un véritable moment libérateur qui soulage un peuple entier du fardeau de ses fautes.

Par quel miracle un petit agneau est-il en mesure d’accomplir cela? Que représente-t-il au juste pour qu’il puisse nous affranchir du lourd poids de nos péchés? La question est très difficile et nous plonge dans le mystère. Mais l’Évangile n’est pas sans ses indices. Dans un premier temps, il nous présente un Christ qui veut se faire baptiser, un Christ, donc, qui s’identifie au pécheur, qu’il aime et qu’il accompagne dans son parcours au point de vouloir lui sacrifier sa propre vie pour son salut. L’innocence de cet Agneau de Dieu confirme le caractère inconditionnel de son don. Il n’aime pas par remords ou par regret. Ce n’est pas un souci de rétribution qui anime son sacrifice, comme si ce dernier était le châtiment d’un délit qu’il aurait commis. Il aime purement et consciemment, sans autre attente que le salut de son prochain. C’est à ce don de soi pour l’autre que nous invite le Christ, dans la solidarité des pécheurs qui se reconnaissent tous comme tels. Comme si la délivrance de nos péchés consiste bien davantage en un don pour l’autre, qu’un cadeau à soi. 

Joël Madore