L’HEURE ET LA JUSTICE DE DIEU
Il y a de cela plusieurs années, une dame demande un prêtre au bureau. C’est moi qui la reçoie. Elle a le Journal de Montréal en main et me montre un gros titre : le gangster et meurtrier bien connu XX vient d’être abattu par la police. Gravement blessé, il a été conduit à l’hôpital où il a rencontré un prêtre avant de mourir. « Ce n’est pas juste ! Il a volé le ciel ! Voleur jusqu’à la fin ! Je ne comprends plus rien ! Il y a des limites. Il aurait dû souffrir plus longtemps ! – Madame, digérez-vous plus facilement la conversion du bon larron ? – Lui, ce n’est pas pareil ! – Pourtant, les deux situations se ressemblent sauf que pour le larron, le prêtre était Jésus lui-même. »
À vrai dire, ce bandit et le larron – pas si bon que ça avant de se retrouver en croix – étaient des ouvriers de la dernière minute. Il y a bien des manières d’être ouvriers de la dernière heure. Il y a ceux qui ont entendu l’appel toute leur vie et répondent sur le tard, ceux qui l’entendent à la onzième heure et y répondent, ceux qui cherchent désespérément durant presque toute leur vie avant de finalement trouver ? Et que penser de ceux qui ont répondu assez tôt mais ont été négligents à répétition et ont vécu à crédit sur le pardon de Dieu ? Qu’est-ce que je ferais si Dieu me demandait de régler équitablement le cas de tout ce monde ?
« Mes pensées ne sont pas vos pensées ; mes chemins ne sont pas vos chemins » (Isaïe, première lecture). Si nous croyons vraiment cela, laissons Dieu penser comme il pense et demandons-lui de convertir nos pensées ; cherchons ses chemins et laissons-nous guider par lui. Nous découvrirons alors que la comparaison et le jugement n’ont rien d’évangélique. Nous nous reconnaîtrons tous égaux devant la miséricorde de Dieu parce que sa miséricorde, comme son amour, est indivisible et ne peut être donnée que tout entière. C’est le talent de l’Évangile donné à l’ouvrier de toute heure. Nous verrons que Dieu donne à qui il veut et comme il veut et que c’est une chance pour tous, les premiers comme les derniers. D’ailleurs, qui peut dire : « Seigneur, tu le sais, j’ai répondu au premier appel et je n’ai jamais failli ?»
« Ton œil est-il mauvais parce que je suis bon ?» De grâce, laissons Dieu être bon !
Jean-Louis Courchesne, s.m.m.
