Réflexion

SOUFFLE DE VIE

J’espère que vous me permettrez, ce dimanche, de parler hockey. Que voulez-vous, c’est dans l’air du temps!

Si vous ne saviez pas que les Canadiens avaient franchi le premier tour des séries éliminatoires, c’est que vous avez passé les deux dernières semaines à étudier les scarabées sous les roches du Mont-Royal. Pendant une nuit brumeuse. Avec du persil dans les oreilles. Les succès de notre Sainte-Flanelle s’expliquent en partie par le brio de leur gardien. Mais l’équipe est également portée par un défenseur d’exception : Lane Huston. Or il se trouve que Hutson est l’un des joueurs les plus courts de LNH. Son coup de patin n’est pas particulièrement puissant et son lancer frappé est plutôt ordinaire. Côté mise-en-échec, il ne déplacerait pas un professeur de philosophie. Pour le dire plus posément, plusieurs autres joueurs sont, techniquement, meilleurs que lui. Et pourtant, pour qui l’a vu, Hutson joue du hockey inspiré. Ses passes sont brillantes et ses feintes, spectaculaires. Il insuffle une énergie qui anime à la fois ses coéquipiers et la foule entière. Mais tout entraîneur vous le dira, une telle inspiration ne s’enseigne pas, elle descend sur l’heureux élu qui choisit alors de la concrétiser par la pratique constante ou de la laisser s’étioler par négligence.

On pourrait très bien remarquer la même chose en art. Peu sont capables de sculpter comme Rodin. Bien sûr, ils sont plusieurs à être capables de manier le maillet et le ciseau. Mais cette dextérité est-elle suffisante pour créer comme il l’a fait? La technique vient donner des formes au morceau d’argile que sculpte l’artiste, mais l’inspiration force à la contemplation en donnant à l’œuvre une telle beauté qu’elle semble lui insuffler une âme. Et de cette façon, l’artiste inspiré, inspire à son tour. Comment comprendre l’Esprit Saint? Le mot « esprit », très riche en français, vient traduire la rûah, le souffle du vent. C’est quelque chose d’extérieur qui nous transforme. C’est aussi un Paraclet, dit Jean, c’est-à-dire un Défenseur de l’être humain ou un intercesseur qui est appelé à son secours. Nous lisons tout cela chez Jean. Mais il y a autre chose. Il y a cette idée d’inspiration qui nous éveille à la vie contre l’obscurité du mal, un souffle qui se répand sur des villes entières pour y propager « une grande joie » et qui vient « vivifier » nos corps gagnés par la mort. Mais contrairement au cas de l’artiste ou de l’athlète, cette inspiration est donnée à chacun de nous – même les Samaritains! – pour que chacun de nous inspire à son tour. Et ce, à la manière du Christ qui nous a aimés jusqu’à son dernier souffle.

Joël Madore