La solidarité des
chrétiens unis dans la communion des saints
Or en ce qui concerne cette réceptivité active par rapport à la grâce,
tous les chrétiens rachetés sont solidaires les uns des autres. Il
existe entre les membres de l'Église une réversibilité des mérites et
une sorte d'échange des biens spirituels. C'est ce qu'on appelle la
communion des saints.
Nous pouvons prier et mériter les uns pour les autres. Nous pouvons
nous entraider les uns les autres, pour accueillir le Seigneur et le
don de sa grâce, don personnel de l'Esprit Saint. Par son apostolat,
son exemple, sa prière et le mérite de ses bonnes actions, le chrétien
qui vit en communion avec le Christ peut obtenir de lui des grâces de
secours qui aideront une autre personne à s'ouvrir davantage à l'amour
du Seigneur.
Saint Paul ne cessait de prier pour ses disciples, demandant à Dieu
qu'ils parviennent à la pleine connaissance de sa volonté avec une
parfaite sagesse et une véritable 'intelligence spirituelle (Col 1, 9).
Il disait même, en recourant à un langage excessif, qu'il aurait
souhaité être anathème en personne et séparé du Christ, pour le bien de
ses frères juifs, ceux de sa race selon la chair (Rm 9, 3).
Que de pécheurs ont retrouvé le chemin du salut, grâce aux prières et
aux mérites des saints ! La conversion de saint Augustin ne fut-elle
pas obtenue par les larmes et les supplications de sa mère sainte
Monique ?
Jésus n'avait-il pas demandé lui-même à ses disciples de prier pour que
le nom du Père soit glorifié, pour que son règne arrive et pour que sa
volonté soit faite ? (Mt 6, 9-10.)
L'acte de vertu et la prière du juste peuvent donc être dédiés à Dieu
pour suppléer ou renforcer les dispositions par lesquelles le pécheur
doit collaborer à la grâce.
Souvenons-nous du condamné à mort qui ne manifesta un geste de repentir
et n 1 accepta le pardon du Christ qu'au moment où il se trouva sur
l'échafaud. Cette conversion in extremis, obtenue grâce à la prière
fervente de la petite Thérèse de Lisieux, fournit un exemple
significatif. En matière de libre réceptivité à l'égard de la grâce,
nous sommes tous, plus ou moins, médiateurs les uns des autres auprès
du Christ, notre unique médiateur auprès du Père.
Nous formons tous ensemble une communauté spirituelle que relie au Père
le Christ médiateur. Nous sommes rachetés et sanctifiés en étant
solidaires du Christ, Verbe divin qui par son incarnation a pris en
charge toute l'humanité.
Mais, disions-nous, cette médiation du Christ exige de l'humanité une
libre adhésion à son mystère pascal et un accueil volontaire de sa
grâce rédemptrice.
Dans cette coopération à l'action sanctificatrice du Christ notre chef,
nous sommes tous, nous les membres de son corps ecclésial, solidaires
les uns des autres. Les refus et les consentements des uns et des
autres ont une incidence sur toute la communauté humaine.
C'est pourquoi, malgré l'incomparable puissance de la prière du Christ,
nous avons besoin aussi de la prière des saints. Aussi, même à la
messe, offrons-nous le sacrifice de Jésus, de valeur infinie, en
communion avec tous les saints dont nous évoquons la mémoire dans la
prière eucharistique.
( Extrait du livre: Pour comprendre la Vierge Marie, J. Bur )