Vendredi
- Saint ( 2005)
Claude Sigouin, s.m.m.
Sanctuaire MRDC
25 mars 2005.
En ce Vendredi- Saint , nous sommes
rassemblés très nombreux autour du Christ pour
contempler le mystère de sa passion et de sa mort. Nous
venons de proclamer l'Évangile de la Passion, et nous en avons
illustré deux scènes, le couronnement d'épines et
le portement de croix.
Nous ne sommes pas venus ici pour pleurer sur un
mort comme dans un salon funéraire. Au contraire, nous sommes
venus ici pour célébrer le vainqueur de la mort.
Évidemment, l'horreur des souffrances du
Christ nous interpelle, dans ses mystères douloureux de
l'agonie, de la flagellation, du couronnement d'épine, du
portement de croix et de la cruelle crucifixion. La contemplation
de ses souffrances peut même provoquer des larmes de tristesse,
de compassion et de contrition, mais c'est sans dolorisme, sans
pâmoison que nous les évoquons.
Malgré le climat de gravité, de
recueillement, le Vendredi-Saint n'est pas un jour de deuil, mais
la célébration dans l'action de grâce de l'amour
infini que Dieu a manifesté au monde, c'est la
célébration de son amour extrême pour chacun et
chacune de nous.
C'était le sens de notre prière
d'ouverture : " Seigneur, nous savons que tu nous aimes sans mesure,
aujourd'hui encore montre-nous ton amour " C'est à dire
fais-nous faire l'expérience de cet amour au plus profond de
nous-mêmes. Viens toucher notre cœur. Transperce-le de ton amour.
Pourquoi tant d'amour de la part du Christ ? Le
prophète Isaïe dans notre deuxième lecture sur le
Serviteur souffrant en donne l'explication : " C'est
à cause de nos fautes qu'il a été
transpercé, c'est par nos péchés qu'il a
été broyé" .
Tout à l'heure, dans le rite de la
vénération de la Croix, nous mettrons en valeur la croix,
mais une croix victorieuse, qui doit être belle et
décorée, et non pas une croix infâme et criminelle,
mais une croix qui est signe de l'amour extrême du Seigneur pour
nous.
Quel est le sens du mystère de la Croix ?
La Croix n'est pas l'exaltation de la souffrance. La souffrance demeure
toujours un mal qu'il faut abolir, qu'il faut combattre, avec tous les
moyens possibles.. Dans le Christianisme il n'y a pas de place
pour le masochisme, ni physique, ni spirituel.
Bien au contraire, notre souffrance peut se transformer en
un geste d'amour, nos croix quotidiennes deviennent une capacité
d'aimer d'avantage. Il s'agit ici du véritable amour et non pas
de l'égoïsme, du retour sur soi, il s'agit de l'extase
amoureuse, de la sortie de soi, de l'ouverture à l'autre, de
l'ouverture à la transcendance, à plus grand que soi
.Avec le Christ et dans la puissance de l'Esprit, il faut toujours
changer le mot croix par le mot Amour.
Ce n'est pas seulement la mort du Christ qui nous sauve, ni ses
souffrances, en tant que telles, mais l'amour du Christ, un amour
extrême qui va jusqu'à mourir pour nous sur une croix, un
amour toujours actuel dans la puissance de l'Esprit, un amour qui
donne, un amour qui se donne et un amour qui pardonne.
Sans la croix du Christ, il nous manquerait une preuve, il nous
manquerait le signe de l'amour extrême de Dieu pour nous Sans la
croix du Christ il nous manquerait le sens à donner à nos
propres souffrances, unies à celles du Christ dans l'amour.
Quelle attitude prendre devant ce mystère du Vendredi-Saint ?
Je propose une attitude de contemplation silencieuse. Je propose un
regard contemplatif et non pas de curiosité comme si le
récit de la passion était une chronique judiciaire ou un
rapport de police ou un fait banal dans l'histoire.
Je contemple le Christ pour devenir ce que je contemple.
Je contemple la sérénité du
Christ dans ses souffrances, un Christ en pleine possession de
lui-même, d'une grande liberté intérieure,
maître de sa vie : " Ma vie nul ne peut la prendre, mais c'est
moi qui la donne".
Par cette contemplation de la
sérénité du Christ, je demande la grâce
d'une grande liberté intérieure malgré mes
souffrances.
Je contemple l'autorité du Christ, son
autorité sur les personnes et le cours des
évènements, une autorité royale, avec tous les
symboles de cette royauté : la couronne d'épines, le
manteau pourpre, le sceptre royal Il s'agit d'une royauté
et d'une autorité de service dans l'amour, une
autorité ( C'est le sens du mot )qui fait grandir les
autres personnes.
Par la contemplation de ce mystère je demande
la grâce du service dans l'amour des personnes de mon entourage.
Je contemple la dignité du Christ. C'est un
Christ en marche vers le Calvaire, en marche de la défaite
à la victoire, de la mort à la vie, en marche vers la
Résurrection glorieuse.. Les trois chutes de Jésus en
chemin vers le Calvaire ne sont pas décrites dans les
évangiles. Sa croix, il ne l'a traîne pas, il la porte. "
Celui qui veut me suivre, qu'il renonce à lui-même et
porte sa croix tous les jours. "
Par la contemplation de ce mystère, je
demande la patience et la force dans mes portements de croix.
Quelle attitude prendre devant ce mystère du
Vendredi-Saint?
Je propose d'imiter l'attitude de deux personnes au
pied de la Croix, celle de la Vierge Marie et celle de Jean, le
disciple bien aimé, deux personnes qui ont cheminé dans
la foi, dans leurs doutes, dans leurs épreuves, dans les
souffrances des nuits de l'esprit et du cœur. Mais elles sont
allés jusqu'au bout, et debout au pied de la croix. Elles nous
aideront à cheminer, nous aussi dans la foi à l'occasion
de nos croix quotidiennes.
Demandons au Seigneur la force et le courage de la Vierge Marie, qu'il
nous a donné, juste avant de mourir, comme notre mère.
Elle est la Mère des Douleurs, elle nous comprend et elle saura
nous aider si comme le disciple bien aimé, nous la prenons
chez-nous, dans tout notre être humain et chrétien.
Demandons la lumière de l'Esprit pour donner sens à nos
propres souffrances pour qu'elles deviennent des gestes d'amour,
et non pas des blasphèmes ou des révoltes contre Dieu.
Que nos croix dans le Christ et avec Lui deviennent comme les siennes
"glorieuses", que nos croix deviennent " des pâques ", c'est
à dire des passages de la mort à la vie.
" Nous t'adorons, Seigneur Jésus et nous te bénissons,
parce que vous avez racheté le monde par votre sainte Croix. "
O Croix glorieuse, toi notre unique espérance! Amen