Vendredi Saint
Homéliste: Gilles Dallaire, montfortain
Au pied de la Croix
Trois jours, trois lieux, trois invitations du Seigneur.
Hier, nous étions invités à un repas, à sa
table.
Aujourd'hui nous sommes invités au pied de la croix.\
Demain, nous serons invités à un tombeau vide...
Voilà pourquoi, aujourd'hui, tous les croyants se
réunissent au pied de la Croix de Jésus.
Saint Louis-Marie-de Montfort chantait:
La Croix est un mystère, si profond ici-bas.
Sans beaucoup de lumière, on ne la comprend
pas.
Car il faut la foi pour découvrir le Mystère de la Croix,
sa splendeur, sa beauté.
Sans la foi, la croix demeure fermée, scandale pour les juifs,
folie pour les païens.
Seule la foi peut comprendre comment la croix a été
transformée, transformée par l'Amour. Comment, faite
à la mesure humaine, elle a été transformée
à la mesure de Dieu.
Car la Croix a été faite à notre mesure humaine,
elle était le symbole de toutes les souffrances, de toutes les
cruautés, de toutes les haines, de toutes les morts. Objet
d'horreur.
Quand Jésus s'est étendu sur la croix, quand il s'est
laissé cloué à la croix, identifié et uni
à elle, la croix a été transformée. Elle a
pris mesure de Dieu.
Objet de haine et de vengeance, elle est devenue signe de pardon et
d'amour.
Objet de violence extrême, elle est devenue signe de paix et
douceur.
Lieu de souffrances et de désespoir, elle est devenue lieu
d'espérance.
Objet d'horreur, elle est devenue objet de splendeur.
Oui, Jésus a transformé nos croix humaines.
Il s'est étendu sur nos croix, il en a fait sa croix.
Tel est le Mystère de la Croix que nous entourons aujourd'hui
avec la plus grande vénération, avec une reconnaissance
infinie, avec une émotion pleine d'amitié.
Nous sommes invités à trois gestes.
D'abord, un regard.
Vers elle nous levons les yeux, et nous la regardons dans la foi.
"Quand j'aurai été élevé de terre,
j'attirerai à moi tous les hommes."
La croix est dressée comme un grand signe dans notre monde, elle
le sera pour toujours, signe d'espérance qui prend racine en
nous, qui s'élève dans le ciel.
Puis, nous l'écoutons, car elle nous parle.
En elle nous entendons nos cris humains:
"j'ai soif", comme l'expression de toutes les soifs, de tous les
espoirs.
"Père, pourquoi m'as-tu abandonné." Comme tous les cris
de désespoir humains,
que Jésus porte au Père, avec nous, pour nous.
Mais nous entendons surtout une Parole divine:
"Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font."
"Aujourd'hui, tu seras avec moi dans le Paradis."
"Père, entre tes mains, je remets mon esprit."
Enfin, troisième geste, nous nous approchons pour la toucher,
car nous pouvons y déposer une souffrance, un désespoir
humain, sachant que tout a été assumé,
transformé dans l'Amour.
Par elle, l'Amour de Dieu passe en notre monde et atteint tous les
coeurs.
En elle nous sommes libérés, en elle nous sommes
introduits à la vie.
En elle notre réalité humaine, faible, mortelle, est
transformée en une réalité nouvelle, immortelle.
Seul l'Amour infini de Dieu pouvait transformer ainsi ce qu'il y a de
plus laid en notre monde en objet de beauté, de splendeur et de
gloire.
C'est pourquoi nous sommes au pied de la croix aujourd'hui, avec toute
l'Église,
présente en la personne de Jean, des saintes femmes, et de la
Vierge Marie, la mère.
"Stabat mater dolorosa... au pied de la croix se tenait sa mère,
douloureuse."
Au pied de la croix, Jésus confie son Église à sa
mère: "Mère, voici ton fils."
"Et tout est consommé", l'Amour a tout consommé.