Dimanche
de la Trinité C
Proverbes 8, 22-31; psaume 8; Romains
5, 1-5; Jean 16, 12-15
Homéliste: Georges Madore, montfortain
Supposons qu'à l'occasion d'une célébration, vous
êtes complètement soufflé par une pièce d'orgue interprété par M.
Préfontaine. Vous m'en parlez et je vous demande: «Qu'est-ce qui vous a
rejoint le plus: la composition de J.S. Bach, ou l'interprétation de M.
Préfontaine, ou le son de notre Casavant?» Vous serez bien embêtés de
répondre. Difficile de séparer l'un de l'autre. C'est la conjugaison
des trois éléments qui a produit cette si belle musique.
Il en est ainsi de Dieu. Quand on rencontre le
Seigneur dans la prière ou à travers des événements, qui est-ce que je
rencontre? Le Père, ou le Fils, ou l'Esprit? Les trois opèrent
ensemble. C'est ce que l'évangile d'aujourd'hui souligne: «Tout ce qui
appartient au Père est à moi, voilà pourquoi je vous ai dit: l'Esprit
reprend ce qui vient de moi pour vous le faire connaître.»
Le Père, le Fils, l'Esprit
Si je pousse plus loin ma comparaison musicale,
j'oserais dire ceci. Le Père est un peu le compositeur. C'est lui qui
est à l'origine de tout: il a créé cette immense symphonie qui
s'appelle la vie. Or, la vie est avant tout connexion, communion. Sa
symphonie est donc aussi celle de la Vie! Mais il faut un interprète
qui se laisse saisir, habiter par cette musique, par cette symphonie de
vie. C'est l'Esprit, le souffle. Enfin, il faut un instrument, concret,
«en chair et en os», un instrument docile, qui se laisse entièrement
animé par la musique du Père et le doigté de l'Esprit. Cet instrument,
c'est le Christ, un homme en chair et en os. Un homme qui se laisse
entièrement saisir par l'Esprit de Dieu. Un homme qui lui obéit, comme
l'instrument obéit à l'interprète et à la musique du compositeur. Cela
est redit souvent dans l'Évangile. Ainsi, au baptême, Luc écrit: «Le
ciel s'ouvrit, l'Esprit Saint descendit sur Jésus, et une voix vint du
ciel: «Tu es mon fils, moi aujourd'hui je t'ai engendré» (Luc 3, 22).
Et lors de sa première prédication Jésus dira: «L'Esprit du Seigneur
est sur moi...» (Luc 4, 18) Pourquoi faire? Pour jouer la symphonie de
la compassion et de l'amour: «L'Esprit du Seigneur est sur moi pour
annoncer la bonne nouvelle aux pauvres.» Cette bonne nouvelle, c'est
que Dieu m'invite à entrer dans la grande symphonie de l'amour. Ma vie
n'est pas insignifiante, ma vie n'est pas inutile, malgré les échecs et
les difficultés. Vous savez, en musique, il ne faut pas seulement du
son et de beaux accords. Il faut aussi des silences et même des
dissonances. Mais celles-ci font naître un autre flot de beauté.
(Demandez à Yves Préfontaine de faire un cluster...) Voilà ce que Paul
nous dit dans la deuxième lecture: la détresse conduit à l'espérance
qui ne trompe pas.
Rendons grâce au Père, au Fils et à l'Esprit. Merci
pour la vie, merci pour l'amour. Merci de nous faire entrer dans
l'immense symphonie