Le
Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ
Gen. 14, 18-20
1 Cor. 11, 23-26
Luc 9, 11b-17
Homéliste: Claude Sigouin, montfortain
Nous célébrons aujourd'hui, la solennité du saint
Sacrement du corps et du sang du Christ, autrement dit de la « Fête
Dieu » et nous somme très près de conclure l'année sacerdotale
demandée par le pape Benoît XVI, en la Solennité du Sacré-Cœur de
Jésus, célébrée vendredi prochain.
Cette année sacerdotale voulait souligner le
150ième anniversaire de la mort de Saint Jean-Marie
Vianney, proclamé saint patron de tous les curés du monde, par le pape
Pie XI, en 1929.
Évidemment, il existe un lieu très étroit entre le
Saint Sacrement et le sacrement du sacerdoce ministériel.
L'Évangile du jour est une préfiguration de
l'Eucharistie : les mêmes gestes du Seigneur, sont repris à la
célébration de l'eucharistie « Il prit les pains, les bénit, les rompit
et les distribua à ses disciples pour les donner à la foule »
Notre première lecture du livre de la Genèse fait allusion à «
Melkisédek,
Roi de Salem, qui fit apporter du pain et du vin : il était prêtre du
Dieu très haut »
Avec le refrain du psaume, nous avons chanter
le sacerdoce du Christ « Tu es prêtre à jamais, Christ et
Seigneur » et par la suite nous avons répété le serment irrévocable :
« Tu es prêtre à jamais selon l'ordre de Melkisédec » Ce qui
distingue le nouveau sacerdoce du Christ de celui des prêtres juifs de
l'époque.
C'est donc pour nous une belle occasion de réfléchir
sur le sacrement du sacerdoce ministériel.
Nous pouvons considérer le prêtre dans son rôle sociologique.
Autrefois, il s'occupait de tout, même de l'organisation des sports
dans la paroisse. Aujourd'hui, le prêtre est confiné dans la sacristie.
Il n'a plus même le droit d'exprimer son opinion sur la lace publique
sans être critiqué
Avec les scandales sexuels d'une très infime minorité du clergé sur
plus de 400,000 milles prêtres dans le monde, .les prêtres n'ont pas
bonne presse dans les différents médias.
Dans un monde sécularisé et dans une société égalitaire
comme la nôtre, la grandeur du prêtre et son prestige ne
sont plus soulignés avec un statut social privilégié.
Au contraire, la dignité et le rôle du prêtre sont souvent
ridiculisées.
Nous pouvons considérer aussi le prêtre avec une approche
psychologique en relation avec sa solitude, son célibat, son
entourage, ses crises de croissance, sa vie affective. C'est
l'approche la plus fréquente dans les romans, au cinéma et
au théâtre.
Avec vous, je voudrais souligner surtout l'approche théologique
beaucoup plus profonde et vrai.
Qu'est-ce qu'un prêtre ?
C ‘est avant tout une personne
très relié au Christ, profondément uni au Christ.
C'est dans le Christ que le prêtre trouve sa source, son plein
épanouissement et sa fécondité ministérielle. Il est une image
vivante et transparente du Christ prêtre.
Le prêtre est une représentation sacramentelle du
Christ, c'est à dire il en est un signe visible et efficace. Il agit en
la personne du Christ.
Lorsque comme dans la deuxième lecture biblique
d'aujourd'hui, il fait mémoire du Christ en prononçant les paroles : «
Ceci est mon corps, ceci est mon sang » Ce n'est pas tel ou tel prêtre
qui prononce ces paroles : mais le Christ lui-même.
Ce n'est pas tel ou tel prêtre qui prononce les paroles : « Je te
pardonne tous tes péchés » c'est le Christ lui-même.
Le sacerdoce du prêtre représente sacramentellement le Christ
comme Chef, comme Pasteur, et comme Époux de l'Église.
Comme chef, le prêtre est appelé à guider, à rassembler le peuple
de Dieu, au nom du Christ et selon l'autorité du Christ qui est
toujours une autorité non pas de domination mais de service.
« Je suis venu pour servir » C'est si vrai que le prêtre ne peut
rien faire pour lui-même. Je ne peux pas comme prêtre m'administrer
aucun sacrement.
Comme pasteur, le prêtre est appelé à prendre soin des personnes qui
lui sont confiées. De quelle manière ? Par la proclamation de la Parole
Dieu, par la célébration des sacrements surtout celui de
l'eucharistie et celui de la réconciliation, par la récitation
obligatoire du bréviaire ou de la Liturgie des Heures. une prière
uniquement pour les autres, et non pas pour lui-même, une prière au nom
du Christ pour le peuple de Dieu.
Comme époux, le prêtre est appelé, dans sa vie spirituelle, à
revivre l'amour du Christ époux envers l'Église épouse. Évidemment,
nous sommes au niveau de symboles.
Comme un époux vis-à-vis son épouse, le prêtre doit aimer les membres
de l'Église, avec affection, respect, fidélité, avec tendresse.
C'est le sens profond de son célibat sacerdotal. Le célibat est
une vocation, un don, une grâce même si le choix est à contre
courant. Être célibataire ne veut pas dire être solitaire .Au
contraire, c'est une grâce de communion. Cela ne veut pas dire une
affectivité réprimée ou refoulée mais une affectivité
épanouie qui s'exprime autrement que dans le mariage, autrement
que dans des relations sexuelles...
Selon les mots du curé d'Ars, le prêtre « c'est l'amour du cœur de
Jésus » Quel est cet amour ?
C'est un amour de maturité, un amour qui donne, un amour qui se donne
et qui pardonne. C'est un amour inconditionnel, sans exception d'aucune
personne Ce n'est pas simplement de la sentimentalité ou
simplement des émotions. C'est un amour de décision. Devant n'importe
qui se présente devant lui, le prêtre doit dire : « J'ai décidé
de t'aimer, de répéter les gestes d'amour du Christ à ton égard »
Le prêtre est encore un être relationnel avec le peuple de Dieu.
Le mot sacerdoce évoque le domaine du sacré. Le mot vient du
latin et veut dire « donneur du sacré ». Il y a un autre mot qui
définit le prêtre, le mot pontife, c'est à dire , « le faiseur de pont
», il établit la liaison entre Dieu et l'humanité
Le saint curé d'Ars de nous explique cette
médiation du prêtre, évidemment dans le langage et l'approche
théologique de son temps.
Il disait : « Si nous n'avions pas le
sacrement de l'Ordre, nous n'aurions pas notre Seigneur. Qui est-ce qui
l'a mis là dans le tabernacle ? Le prêtre. Qui est-ce qui a reçu notre
âme à son entrée dans la vie ? Le prêtre. Qui la nourrit
pour lui donner la force de faire son pèlerinage ? Le prêtre. Qui la
préparera à paraître devant Dieu, en lavant cette âme, pour une
dernière fois dans le sang de Jésus-Christ? Le prêtre, toujours le
prêtre….Après Dieu, le prêtre, c'est tout… le prêtre ne se comprendra
bien que dans le ciel » ( Documentation catholique, no 2428, p.723)
Le bon curé d'Ars de dire encore : « C'est le prêtre
qui continu l'œuvre de rédemption sur la terre…À quoi servirait une
maison remplie d'or, si vous n'aviez personne pour ouvrir la
porte?
Le prêtre a la clef des trésors célestes : c'est lui qui ouvre la
porte; il est l'économe du bon Dieu, l'administrateur de ses biens. »
Nous avons de parler brièvement sur l'identité
du prêtre comme personne relationnelle au Christ et relationnelle
au peuple de Dieu.
Nous pouvons affirmer aussi que le prêtre est un
disciple privilégié du Christ et qu'au prêtre s'adresse plus
spécialement cette parole du Christ, mourant sur la Croix.
« Voyant sa mère et près d'elle le disciple
qu'il aimait, Jésus dit à sa mère : « Femme voici ton fils » Puis il
dit au disciple : « Voici ta mère ». À partir de cette
heure, le disciple la prit chez lui » ( Jean, 19, 26-27). Il
existe par le fait même un amour spécial de la Vierge Marie pour le
prêtre parce qu'il représente sacramentellement son propre fils, Jésus
prêtre éternel.
En terminant, laissons-nous interpeller par quelques
questions.
Quelle est mon attitude vis-à-vis du prêtre ?
Est-ce que je propose la vocation sacerdotale à des
jeunes de mon entourage. ?
Est-ce que j'adresse des prières au Seigneur pour de
bons et saints prêtres ?
À l'occasion de cette eucharistie, et de cette année sacerdotale qui se
termine, rendons grâce au Seigneur pour le don du sacerdoce à son
Église, pour que da présence sacerdotale soit toujours avec nous par de
nombreux et saints prêtres.
Claude Sigouin, s.m.m., le 5 et 6 juin 2010.