17 janvier 2010
Liturgie de solidarité avec Haïti

Homéliste: p. Georges Madore, montfortain



1. Des questions sans réponse
Devant la cataclysme qui a détruit Port-au-Prince et tué au moins 100,000 personnes (on parle peut-être de 500,000,  la population totale étant de 4 millions), on reste bouche bée. Peut-être des questions nous montent à la tête: pourquoi un tel massacre? Et pourquoi ce pays déjà si malmené par les éléments: inondations, tornades, et le pays le plus pauvre de tout le continent d'Amérique? Comment Dieu peut-il permettre un tel malheur? N'est-il pas un père? N'est-il pas tout puissant?. Devant cela, il faut accepter de ne pas avoir de réponse, de ne pas tout comprendre au mystère du monde et au mystère de Dieu. La seule présence que nous ayons, c'est celle que nous venons de fêter à Noël: Dieu s'est fait l'un de nous, il n'est pas étranger à notre état de créature; il n'est pas au-dessus de la souffrance, il est dedans: c'est ce que nous rappelle sans cesse le grand crucifix qui domine le cœur de notre sanctuaire; il y a peu de statue, de décoration dans ce sanctuaire, justement pour nous centrer sur l'essentiel. Pour nous dire: «Ce grand crucifix que vous voyez, voilà ce que nous avons à dire, voilà ce que nous croyons, voilà notre Dieu.»
    Les cataclysmes nous apprennent que la création est inachevée, que nous devons accepter de vivre dans l'incomplet.

2. C'est Dieu qui a besoin de nous
    Quelle peut être notre prière dans de telles circonstances? Bien sûr, on peut prier pour ceux qu'on aime, que le Seigneur les protège et nous les garde. Mais plus profondément, il faut prendre la prière de Jésus. Une prière où on n'essaie pas de changer Dieu, mais on demande à Dieu de nous changer: que ton règne vienne, que ta volonté soit faite. Vous connaissez sans doute Etty Hillesum, cette juive hollandaise dont on a retrouvé le journal. Elle avait 25 ans lorsque la 2ème guerre éclata et que les Nazis commencèrent à exterminer les Juifs. De famille juive, mais non croyante, elle vécut un long cheminement spirituel. Au début, dans son journal, elle parle de son amour pour un homme, Julius Speir, une sorte de maître spirituel dont elle était follement amoureuse. Peu à peu, on la sent évoluer dans sa relation avec les autres et avec Dieu. Et dans son journal, on retrouve cette prière bouleversante:Une chose m'apparaît de plus en plus claire mon Dieu: ce n'est pas toi qui peux nous aider, mais nous qui pouvons t'aider - et ce faisant nous nous aidons nous-mêmes. C'est tout ce qu'il nous est possible de sauver en cette époque et c'est aussi la seule chose qui compte :un peu de toi en nous, mon Dieu. Peut-être pourrons nous aussi contribuer à te mettre au jour dans les cœurs martyrisés des autres.
Tu connaîtras sans doute aussi des moments de disette en moi, mon Dieu, où ma confiance ne te nourrira plus aussi richement, mais crois-moi, je continuerai à oeuvrer pour toi, je te resterai fidèle et ne te chasserai pas de mon enclos.

3. Ensemble
Quand Dieu parle de son grand projet de salut, il ne s'agit jamais d'une entreprise individuelle. Ainsi, à la fin du prophète Isaïe, on lit: «JE viens rassembler les êtres humains de toute nation et de toute langue» (66, 18). Jésus dit souvent: le règne de Dieu est semblable à un banquet...» Dieu nous offre un salut collectif, communautaire. On ne peut se sauver les uns sans les autres. C'est ce que Jésus nous rappelle: ouvrir mon cœur à l'autre, c'est l'ouvrir à Dieu.