Ascension 2009
Homéliste: Gilles Dallaire,
montfortain
Le ciel ouvert...
- Nous célébrons aujourd'hui la fête de
l'Ascension, comme un couronnement.
Nous pourrions d'abord remarquer deux éléments de cette
fête.
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- Premièrement, le Mystère de l'ascension se dit à
travers des mots concrets: monter, disparaître, s'asseoir,
à droite. On les retrouve autant dans la Bible, que dans notre
credo. Mais on devine vite que ces mots "localisés" sont
symboliques et qu'ils signifient quelque chose de mystérieux et
réel à la fois, de mystique.
Jésus "monte" vers le Père, il ne sera plus
présent en notre monde de la façon humaine. Ce sera une
autre présence: il disparaît à nos yeux physiques,
pour être présent à nos yeux de foi. Il monte, il
disparaît.
Jésus va "s'asseoir" à la "droite" du Père: deux
autres mots physiques à sens mystique:
Assis, il y sera pour toujours, définitivement.
Et à la droite, c'est-à-dire uni au pouvoir
éternel et tout-puissant du Père, de Dieu.
Un livre de la bible nous aide à comprendre ce mystère.
C'est au chapitre cinq de l'Apocalypse. Saint Jean est
transporté au ciel, et là, il voit l'Agneau; il assiste
à une grande liturgie, à une grande louange des saints et
des anges. Je vous en lis quelques extraits:
"Les anciens se prosternèrent devant l'agneau. Ils chantaient un
cantique nouveau: "Tu e digne de recevoir le livre, car tu as
racheté pour Dieu, par ton sang, des hommes de toute tribu,
langue, peuple et nations..."
Et des anges nombreux proclamaient: "Il est digne, l'agneau
immolé, de recevoir puissance, richesse, sagesse, force,
honneur, gloire et louange..."
Celui que Jean contemple, c'est l'Agneau de Dieu, immolé et
vivant, victorieux de la mort, de la haine, de tout mal, par le don de
sa vie, par amour.
Voilà le premier sens de l'Ascension, que nous avons
chanté: "Dieu monte parmi l'acclamation, le Seigneur, aux
éclats du cor." Il règnera pour les siècles des
siècles.
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On peut souligner un deuxième aspect du mystère de
l'Ascension, tout aussi important, et qui nous touche
profondément.
Celui qui règne, celui qui est assis à la droite du
Père, c'est Jésus de Nazareth, ce Jésus que nous
avons connu sur nos routes, qui a famille, peuple, nation. Il a un nom
que l'on connaît. Il a pris notre nature humaine; il ne l'a pas
abandonnée comme on abandonnerait un manteau...
Au contraire, en lui, c'est notre humanité qui est
transportée définitivement en Dieu lui-même. Il est
le premier-né de toute créature, nous dit saint Paul.
Nous sommes unis à lui. Comme nous dirons: "comme cette eau se
mêle au vin, puissions-nous être unis à la
divinité de celui qui a pris notre humanité."
Nous assistons au couronnement du projet d'amour de Dieu: amener
à lui l'humanité, par Jésus, son Fils
bien-aimé.
C'est ce que nous souhaitons de tout coeur: "tous ensemble et pour
l'éternité", ce nous prions dans la Prière
Eucharistique.
Tous ensemble ! Voilà une affirmation absolue. Est-ce bien vrai?
- Une grand-maman m'a posé une question, qu'elle avait
reçue de son petit-fils adolescent: est-ce que Hitler est au
ciel ? Comment répondre. Je n'ai pas de réponse. Disons
que Hitler, pauvre lui, est le symbole de bien des méchants, et
il n'y a pas que lui, quand on lit l'histoire, les journaux, qui ont
tué ou fait tuer des millions de personnes.
Hitler peut-il être au ciel ? Je n'ai pas de réponse.
Mais j'en ai quatre, qu'il faut absolument joindre ensemble. Une
réponse simple, il n'y en a pas. Mais peut-être quatre,
jointes ensemble. Les voici.
- Première réponse: il faut sauver la
responsabilité humaine, sans quoi on détruit l'homme
lui-même en sa dignité, on le rabat au niveau des animaux.
l'homme est fait pour être responsable de ses actes: "chacun sera
jugé selon ses actes", nous répète l'Apocalypse.
Il ne se peut pas que la vie de Mère Térésa et
celle de Hitler soit égales. C'est pas possible. Sans
responsabilité, la vie humaine devient insignifiante, dit le
Pape. C'est une première réponse.
- Deuxième réponse: elle vient de la Parole de
Jésus sur la croix, parole mystérieuse: "Père,
pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font." Ils ne savent pas...
Jésus lui-même le dit. Comment juger? On ne peut que
laisser cela à Dieu. Qu'est-ce qu'il savait, quelle est sa vraie
liberté. Je n'en sais rien. Alors, laissons le jugement à
Jésus: d'où il viendra juger les vivants et les morts. Le
jugement, ce sera de voir clair soudain dans sa vie. Deuxième
réponse.
- Troisième réponse: je crois à la communion des
saints, autre mystère profond. Si Hitler est au ciel, je dis
bien si, c'est peut-être à cause de la prière d'une
humble juive, Edith Stein, une sainte canonisée, morte dans les
camps de concentration... la communion des saints. Sauvé par les
autres. Ça fait partie de la foi. Cela donne sens à nos
prières pour les morts. Troisième réponse.
- Quatrième réponse: si on entre au ciel à la
suite de Jésus, on n'entre pas dans un endroit, on entre dans
l'Amour. Pas d'autre façon d'entrer dans l'Amour que par Amour.
Il faut que l'Amour brûle tout ce qui n'est pas amour. Ce doit
être ça le feu du purgatoire: le feu de l'amour. Plus on
est loin de l'amour, plus le feu passera sur tous nos
égoïsmes.
Voilà les seules quatre réponses que je risque, mais les
quatre ensemble: la responsabilité, l'ignorance, la communion
des saints, le feu de l'amour. Avec cela je peux prier et
espérer: "tous ensemble, et pour l'éternité".
Avec Jésus, le premier-né, grâce à lui, par
lui, avec lui et en lui...
Risquons notre foi. Elle n'est pas facile, elle dit une grande
vérité.
Une chose est assurée: Jésus a amené en Dieu notre
humanité une fois pour toutes, définitivement, en
lui-même. Et en lui, nous sommes déjà
présents à Dieu.
Voilà notre foi, notre espérance, elle passe par l'Amour.