7e dimanche
Un pardon qui
libère
Homéliste: Gilles Dallaire,
montfortain
- Jésus pose une question... qu'est-ce qui est le plus facile...
?
Mais il ne répond pas directement. Pas facile. La réponse
est là, indirecte, importante.
On peut dire qu'elle réside dans le fait même que
Jésus joint deux choses, l'une visible, l'autre invisible: la
guérison, qu'on peut voir; le pardon, qu'on en voit pas.
Et en reliant les deux, Jésus nous enseigne deux choses.
- D'abord la source est la même: comme disaient les pharisiens
eux-mêmes: Dieu seul peut pardonner. Alors, dit Jésus,
pour que vous sachiez que le Fils de l'homme a le pouvoir de
pardonner... lève-toi.
Oui, pardonner, les péchés, cela relève de Dieu.
Mais Jésus a ce pouvoir divin. Il en donne la preuve, ou
plutôt le signe: "lève-toi". Ce pouvoir, Jésus va
l'exercer personnellement plusieurs fois tout au long de sa vie: je te
pardonne, moi non plus je ne te condamne pas, va ne et pèche
plus, aujourd'hui, tu seras avec moi dans le Paradis. La vie de
Jésus a été une vie de pardon.
On parle de pouvoir. Mais quel pouvoir ? On devrait plutôt parler
d'amour miséricordieux, que le Seigneur a le pouvoir de
répandre dans le monde, de donner.
Et c'est ce même pouvoir, divin, de répandre l'amour
miséricordieux de Dieu et d'en donner le signe sensible qu'il va
confier, donner, à son Église ! "Je te pardonne tes
péchés au nom du Père, du Fils et de l'Esprit."
Parole et geste qui révèlent un pouvoir invisible et
profond, que Dieu seul peut accomplir, que l'Église va exercer
en son nom.
Aujourd'hui, nous célébrons les cinquante années
de sacerdoce du Père Guy Jacob, qui a accompli ce
ministère ici au Sanctuaire depuis 49 années... Je te
pardonne, je te pardonne... Dieu te pardonne, Dieu te pardonne. C'est
la même chose. Ministère visible d'un mystère
invisible. Voilà le premier enseignement de Jésus
aujourd'hui.
- Mais il y a plus. Car en unissant la guérison et le pardon, le
signe devient aussi une image du pardon: prends ton grabat ! Marche !
On découvre alors que Jésus nous enseigne combien le
pardon est une libération, une force neuve, met en marche.
- Le pardon, libération, nous apparaît d'abord chez celui
qui est pardonné: je te pardonne au nom du Père, du Fils
et de l'Esprit.
- Mais le pardon agit des deux sens. Il agit aussi chez celui qui
pardonne: pardonne-nous comme nous pardonnons.
- Il y a des gens qui nous disent: je n'arrive pas à pardonner.
Je suis pris, là, à l'intérieur et je n'arrive pas
à pardonner. Je suis paralysé. J'ai besoin de me
libérer moi même pour pardonner.
- Sans doute faut-il des fois laisser tomber l'agressivité en
soi, avant de pardonner.
Chacun a sa recette.. le golf, l'achat d'une robe neuve... quoi encore.
- Mais quand quelqu'un dit: je n'arrive pas à pardonner, je suis
porté à donner des conseils. Je ne sais pas quel conseil
vous donneriez. Moi, j'en donne cinq...
- D'abord: désamorcer. Ne pas tourner le fer dans la plaie.
Commencer par enlever le fer... non, je ne vais pas tourner cela dans
la plaie. Premier pas vers le pardon.
- Deuxième, dédramatiser: comme une mère quand son
enfant s'est blessé: mais non, ce n'est pas si grave... Ce n'est
jamais si grave. Il y a bien plus grave. Ca dédramatise.
- Troisièmement: déculpabiliser. Relativiser la
responsabilité de l'autre... C'est sa faute ! Ce n'est jamais
totalement ainsi. Je crois que si pouvait comme Dieu voir le fond des
coeurs, on verrait qu'il y a une bonne part de non
responsabilité dans toute atteinte.
Si quelqu'un sème le malheur, c'est qu'il y a du malheur en
dedans de lui. Cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas de
responsabilité. Mais quand on y pense un peu, quand on prend un
peu le regard de Jésus, on devine que la source est le malheur,
ou la maladresse, ou l'inconscience, ou bien des choses, qui sont dans
le coeur de celui ou celle qui blesse. Il y a du malheur dans celui qui
crée le malheur.
Alors, relativiser, excuser au lieu d'appuyer: découvrir la
racine du malheur... pauvre lui.
- Quatrièmement: se donner du temps. Une plaie, ça
guérit lentement. Ne pas se surprendre si cela ne vient pas tout
de suite, s'il reste des traces, si tout n'est pas guéri d'un
coup.
- Enfin, mettre du baume. Et le meilleur baume qui guérit
vraiment, c'est je crois le pardon reçu, avant le pardon
donné. Oui, moi aussi j'ai besoin de pardon, je reçois le
pardon. C'est le pardon que je reçois qui va se transformer en
pardon que je donne. C'est le pardon de Dieu qui passe en moi, celui de
Jésus sur la croix. Notre Père...
Voici quelques conseils.. A vous d'en trouver d'autres. Le pardon,
ça fait partie de la vie quotidienne. On ne peut s'en passer. Et
on va continuer à dire, chaque jour: par donne-nous nos
offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont
offensé. Fais passer en nous ton Pardon.