6ème dimanche ordinaire A
L'évangile d'aujourd'hui comprend comme trois portes, et on ne peut
entrer dans la troisième sans d'abord passer par les deux autres.
Première porte: Le royaume des cieux
Le royaume des cieux, c'est-à-dire le royaume de
Dieu, c'est la grande fête que les Juifs attendaient avec impatience.
Un peu comme les Égyptiens attendaient le départ de Moubarak. Un temps
où tout change; où ce n'est plus l'argent, le pouvoir, la corruption
qui mènent, mais la solidarité, le partage, le respect, l'intégrité.
Voilà ce que tous les Juifs attendaient. Et voilà aussi ce que nous
attendons: un monde meilleur où le respect et la paix entre les humains
régneront. Jésus ose dire qu'en lui ce royaume va enfin advenir. Au
moins, il va commencer à advenir, mais pas complètement. Il nous fait
prier pour que ce monde nouveau arrive: «Père, que ton règne vienne».
Mais en Jésus, voilà que Dieu commence à régner dans notre monde, dans
notre histoire.
Deuxième porte: la justice
Mais il y a une condition pour entrer dans cette
grand fête du royaume: la justice, dit Jésus. Cette justice n'a rien à
voir avec les procureurs de la couronne! Dans les psaumes et les
prophètes, justice a deux sens: celle de Dieu et la nôtre. Dieu est
juste en autant qu'il est intègre, c'est-à-dire qu'il respecte sa
parole: si Dieu nous donne la vie, il ne la donne pas à moitié, si Dieu
dit qu'il pardonne, c'est pour le vrai!
La justice de l'être humain, c'est d'être ajusté à
Dieu, c'est de vouloir finalement lui ressembler, c'est se laisser
pénétrer de ce que Dieu est: vérité, don de soi.
À l'époque de Jésus, certains groupes étaient sûrs
de ressembler à Dieu en respectant à la lettre les prescriptions de la
loi de Moïse. Cette mentalité s'était développé durant l'exil: les
Juifs n'avaient alors ni temple où adorer Dieu, ni pays, ni roi qui
aient pu incarner la présence de Dieu. Donc, il ne restait qu'une
manière d'exprimer sa foi, c'était dans un respect scrupuleux de la loi.
Or, voilà que Jésus parle d'une justice plus grande
que cela. Chose étonnante: il se met à commenter les commandements de
Dieu, mais en sautant ceux qui parlent des devoirs envers Dieu; il
commente les commandements qui parlent de nos devoirs les uns envers
les autres. Donc, pour être juste à la manière de Jésus, il faut
d'abord se convertir à l'autre, à l'homme ou la femme qui est là
concrètement dans ma vie!
Troisième porte: l'intériorité
Donc, Jésus dit qu'on ne ressemble pas à Dieu en
observant une loi. On ressemble à Dieu en lui ouvrant notre cœur, en le
laissant changer notre cœur. Vous rappelez-vous le vieux cantique: «O
Jésus doux et humble de cœur, rendez-mon cœur semblable au vôtre.»
C'est exactement ça que Jésus nous dit: «Osez laisser Dieu toucher
votre cœur et le changer pour que votre cœur ressemble au sien.» À quoi
ressemble le cœur de Dieu? On n'a qu'à regarder Jésus. C'est une femme
qui a compris cela. La femme de Pilate, pendant la passion. Elle fait
dire à Pilate, pendant qu'il siégeait sur l'estrade: «Ne te mêle pas de
l'affaire de ce juste». Et le centurion dans saint Luc déclare, en le
voyant mourir: «Vraiment cet homme était juste», c'est-à-dire
l'humanité que Dieu désire et attend. Voilà, concrètement, incarnée
dans une vie d'homme, la justice, la manière d'être religieux qui plaît
à Dieu et nous donne accès à la grande fête du Roayme. (Histoire de la
souris qui voulait être chat, lion, éléphant, mais qui gardait son cœur
de souris...)
Georges Madore s.m.m.