5ème dimanche du Carême C
Isaïe 43, 16-21; psaume 125 (126); Philippiens 3, 8-14; Jean 8, 1-11


Georges Madore s.m.m.


1. La femme adultère: quel est donc son péché?
    Dans son évangile, Jean est toujours en train de parler de ce dont il ne parle pas... Le mariage de Cana est en fait un autre mariage entre Dieu et l'humanité. La guérison de l'aveugle de naissance ne parle pas des yeux du corps, mais des yeux de l'âme, la foi. La multiplication des pains parle en fait d'un autre pain. L'eau du puits de Jacob parle d'une autre eau, l'Esprit saint. Il ne faut donc pas s'étonner si ici la femme adultère parle d'un autre adultère...
    Tout s'éclaire quand nous rapprochons ce texte des écrits du prophète dont Jean s'inspire souvent, Ézéchiel. Au chapitre 16, ce prophète raconte l'histoire d'une petite fille abandonnée à sa naissance. Le Seigneur en a pitié, il la prend comme sa fille, il la nourrit et lui donne les plus beaux vêtements. Séduite par sa propre beauté, la petite fille oublie le Seigneur et court après des amants pour se prostituer. Dieu lui reproche son adultère et lui lance se cri: «Faites vous un cœur neuf! Pourquoi mourir maison d'Israël: revenez et vivez!» (Ézéchiel 18, 31-32). Donc, derrière cette femme, c'est chacun de nous qui est visé. Et le péché de cette femme, c'est aussi le nôtre. Cette femme n'était pas méchante; mais elle s'est trompée: elle a cherché la vie du mauvais côté. Pour nous, les êtres humains, c'est ça le péché! Le péché, ce n'est jamais laid; c'est toujours beau! Le diable ne te dit pas: «Deviens un voleur!». Il va dire: «Prends-le donc, c'est juste une petite chose...» Ou encore, le diable ne dit pas: «Sois uns sale égoïste», mais plutôt: «Bof, t'as bin le droit de penser à toi...» Le péché, c'est ce laissé séduire par ce qui n'est pas la vie, par ce qui n'en a que les apparences...

Le pardon, comme une porte ouverte
    Mais c'est une erreur qui est dangereuse, qui peut nous détruire. C'est pourquoi le Seigneur n'est pas en colère contre la femme adultère. Il l'aime, il veut la sauver en lui révélant que tout n'est pas perdu. Qu'un avenir s'ouvre devant elle où elle pourra trouver enfin la vraie vie. C'est là la différence entre la condamnation et le pardon. La condamnation enferme l'autre dans son passé; le pardon lui ouvre une porte, lui crée un avenir.
    Ainsi, Jésus ici, nous fait don d'une grande espérance: personne n'est prisonnier de son passé, de ses erreurs, de ses «coches mal taillées». L'être humain est plus grand que toutes ses erreurs, que tous ses péchés (exemple de M. Lord, l'homme qui avait été condamné pour conduite en état d'ébriété; après son terme en prison, il s'est relevé, est devenu un athlète et a conduit l'équipe canadienne à la victoire dans les paralympiques de Vancouver)
    Ainsi, Dieu n'attend pas que l'on change pour nous pardonner: il nous pardonne pour qu'on puisse changer.

Le péché des pharisiens
    Dieu est toujours capable de pardon, car il est foncièrement amour et il veut notre vie. Mais les êtres humains trouvent ça dur. C'est le cas des pharisiens ici. En fait, ceux-ci veulent condamner parce qu'ils se croient meilleurs. C'est une manière pour eux de se prouver leur vertu. Ils ne réalisent pas qu'eux-mêmes se sont laissés séduire, ont été tentés de donner leur cœur au prestige, à l'argent, au plaisir et non à Dieu. Ils n'acceptent pas d'être imparfaits, incomplets, inachevés. Quand on se croit parfait, achevé, on est tenté de condamner les autres. Si Jésus les renvoie à leurs péchés, ce n'est pas pour les humilier, c'est pour les situer dans la vérité de ce qu'ils sont: des êtres inachevés. Dieu n'a pas fini d'écrire sa loi dans leur cœur. C'est un peu le sens de ce geste étrange de Jésus: il écrit sur les pavés du temple avec son doigt. Le seul autre endroit de la Bible où on parle d'écrire avec son doigt, c'est à propos de Dieu qui écrit ses commandements sur une table de pierre «avec son doigt» et les donne à Moïse (Exode 31, 18; Deutéronome. 9, 10). Parfois, c'est plus dur écrire la loi de Dieu dans un cœur orgueilleux que sur une tablette de pierre...

    Cette semaine, nous serons invités à vivre le pardon de Dieu. Le pardon est un geste très puissant: il consiste à prendre ce qui a blessé pour en faire un remède, à transformer une montagne en chemin de vie. Exemple du jeune dynamiteur de Papiineauville qui m'apporte une pierre de l'autoroute 50 qui sent encore la dynamite. Je lui demande: «Que faites-vous avec toutes ces roches dynamitées: ça doit être tout un travail de les transporter ailleurs.» «Non, me répond-il: nous nous en servons pour en faire le sous-œuvre de la route: nous les broyons, et elles deviennent les fondations de la future route!» Donnons-nos roches à Dieu, il saura en faire les fondations d'un nouveau chemin.