Le samedi, 28 mai 2011
50e anniversaire de fondation et consécration
Sanctuaire Marie-Reine-des-Cœurs

Homélie de M. le cardinal Jean-Claude Turcotte
   
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Lectures:                                        Néhémie 8, 2-4a.5-6.8-10
1 Pierre 3, 15-18
Jean 14, 15-21


  
 Chers amis,
  
Les motifs particuliers que nous avons de rendre grâce à Dieu aujourd'hui ne manquent pas. Il y a d'abord les cinquante ans d'existence du Sanctuaire Marie-Reine-des-Cœurs que nous soulignons. Il y a ensuite et surtout la liturgie de consécration du sanctuaire à laquelle nous avons été convoqués. Merci à Dieu pour tout ce qui s'est vécu ici depuis cinquante ans. Merci pour tout le bien qui s'est fait. Merci pour le zèle et le dévouement de toutes les personnes qui, d'une manière ou d'une autre, ont contribué à faire du Sanctuaire Marie-Reine-des-Cœurs, un haut lieu de spiritualité et de vie chrétienne dont nous sommes fiers dans le diocèse de Montréal. Après cinquante ans d'existence - après avoir pour ainsi dire fait ses preuves pendant cinquante ans - il était temps que le sanctuaire soit consacré. La consécration d'une église est un acte liturgique important. Quand elle a lieu alors que l'église vient d'être construite, elle confie une mission aux personnes qui l'animeront et la fréquenteront. Elle est un acte d'Église qui lance une réalité ecclésiale nouvelle. Quand elle a lieu cinquante ans plus tard, comme c'est le cas ici, il s'agit plutôt d'une liturgie qui confirme une mission déjà définie qui mérite d'être poursuivie.
  
Dans notre diocèse, depuis quelques dizaines d'années, plusieurs lieux de culte ont été fermés et, ici et là, on se demande si telle ou telle église sera encore longtemps en mesure de poursuivre son travail. Pour le sanctuaire Marie-Reine-des-Cœurs, ce n'est pas le cas. Il s'agit d'un lieu de culte vivant, très fréquenté, créatif, sur lequel l'Église de Montréal compte pour mener à bien la mission qui lui est confiée. Cette mission est fondamentalement la même depuis plus de 2000 ans. Elle consiste à présenter le Christ dans un milieu donné, à faire connaître son Évangile et à donner le goût d'en vivre. Le sanctuaire Marie-Reine-des-Cœurs y contribue à sa manière, selon son charisme marial. Demeurant toujours fondamentalement la même, la mission prend de nouveaux visages et appelle à de nouveaux départs au cours de l'histoire.
  
Le grand défi auquel nous faisons face présentement, ce n'est pas de garder debout et ouvertes le plus d'églises possible, mais de construire des communautés chrétiennes formées de croyantes et de croyants adultes, fervents, responsables et rayonnants. Ce sont de telles communautés qui ont assuré la diffusion du message de Jésus dans les décennies qui ont suivi sa résurrection et ont encouragé des gens de toutes langues et de toutes cultures à se convertir et à devenir membres de l'Église naissante.
  
 Les textes de la Bible que nous venons d'entendre nous aident à préciser davantage à quel travail doit se livrer un sanctuaire comme celui dans lequel nous sommes. L'extrait du livre de Néhémie nous a parlé d'Esdras, un scribe qui a vécu au Ve siècle avant J.-C. Il était un descendant d'Aaron, premier grand-prêtre des Hébreux. Il reçut la tâche de travailler à la restauration de la communauté juive de Jérusalem alors formée de nombreux croyants rapatriés de Babylone. Une des premières choses que fit Esdras pour restructurer la communauté et la ranimer fut de proclamer solennellement la Parole de Dieu, de faire lire «le livre de la loi de Moïse, que le Seigneur avait donné à Israël»1. Nous devons faire la même chose. Nous devons revenir à la Bible. Nous devons réentendre Dieu nous parler. Nous devons nous appliquer à l'écouter et à comprendre le sens profond de ses paroles. Avec l'eucharistie, la Parole de Dieu construit la communauté chrétienne. Dans sa dernière encyclique, intitulée Verbum Domini, c'est-à-dire «la Parole du Seigneur», le pape Benoît cite une phrase de saint Jérôme qui donne beaucoup à réfléchir.  Celle-ci: «L'ignorance des Écritures est l'ignorance du Christ»2.
  
La seconde lecture que nous avons entendue a fait belle figure après la première. Elle nous a rappelé que nous devons tous et «toujours être prêts à [nous] expliquer devant tous ceux qui nous demandent de rendre compte de l'espérance qui est en [nous]»3. Cette espérance dont nous avons à rendre compte avec fermeté certes, mais aussi avec «douceur et respect» et en «menant une vie droite»4, c'est la Parole de Dieu qui nous la révèle, qui la proclame, l'éclaire, la nourrit et la raffermit. Vous me direz peut-être qu'en ces années que nous vivons et dans la cité qui est la nôtre, il n'est pas toujours facile de porter haut le flambeau de la foi chrétienne et d'expliquer devant nos concitoyens et concitoyennes l'espérance qui nous habite. C'est vrai. Mais était-ce plus facile à l'époque où vivaient les disciples de Jésus auxquels l'apôtre Pierre s'adressait? Je crois que non. Mais ces gens-là, ces chrétiens-là étaient conscients de la présence en eux de «l'Esprit de vérité»5, de l'Esprit de sainteté, de l'Esprit de force et d'audace que le baptême leur avait transmis. Serions-nous aujourd'hui privés du don de l'Esprit Saint? L'Esprit serait-il moins puissant en nous qu'il l'était en eux? Je n'en crois rien. Et je serais heureux si vous pouviez m'assurer que vous n'en croyez rien vous non plus.
  
Le sanctuaire que je vais consacrer aujourd'hui est un sanctuaire marial. C'est pourquoi mes dernières paroles s'adressent à Marie:  «Vierge au cœur rempli de Dieu, épouse au cœur plein de tendresse, croyante au cœur plein d'espérance, mère au cœur plein d'amour»6, aide-nous à devenir les disciples que ton Fils veut que nous soyons. À lui tout honneur et toute gloire.
  
AMEN
 
  
  
  
1 Néhémie 8, 1.
2  Cf. Verbum Domini, 30 septembre 2010, no 30.
3 1 Pierre 3, 15.
4 1 Pierre 3, 16.
5 Jean 14, 17
6 Premiers mots d'une prière diffusée au Sanctuaire: http://www.smrdc.org/smrdc_priere.php