4e
dimanche ordinaire
Le Bonheur selon
Jésus
Homéliste: Gilles Dallaire,
montfortain
L'Évangile d'aujourd'hui s'ouvre de façon solennelle:
Jésus monte sur la montagne, comme Moïse; il s'asseoit,
comme celui qui veut enseigner; les disciples l'entourent; il ouvre la
bouche et se met à les instruire. Et voici que rententit neuf
fois le même mot: "bienheureux... bienheureux..."
Quelle merveilleuse entrée en matière. Quel plus beau
mot. Comme si on ouvrait le livre du bonheur, le bonheur que tout le
monde cherche.
On pourrait dire: dès le début, les coeurs sont
gagnés. Dès le début, Jésus livre son plus
beau secret, la charte de son Royaume. Et c'est le bonheur !
On pouvait pas demander mieux.
C'est vrai que ce texte est parmi les plus beaux de l'Évangile,
et qu'il restera toujours comme la charte du Royaume.
Pourtant, une fois le premier charme passé, quand on commence
à se demander: mais qu'est-ce que ça veut dire au juste:
bienheureux les pauvres, bienheureux ceux qui pleurent... Ca
paraît un peu moins clair.
Un professeur d'université a publié un gros bouquin de
500 pages, pour expliquer "bienheureux les pauvres", et le bouquin se
vent à 140.00$. Oui, bienheureux les pauvres qui ne peuvent pas
se payer tant d'explication !
Mais alors, serait-ce de la part de Jésus comme un belle
publicité, la plus belle sans doute ? Voudrait-il nous attirer
comme une réclame ? On est tellement entourés de
réclames qu'on ne s'y fie plus beaucoup. "On veut votre bien,
disait un panneau politique " Et quelqu'un avait griffonné en
dessous: "Tu l'auras pas".
Non, Jésus a sûrement autre chose à nous dire.
Alors quel est le sens de ces belles béatitudes: une promesse
pour l'avenir seulement, une consolation aux pauvres ? ne vous en
faites pas, un jour viendra... Non, il faut que ce soit dès
aujourd'hui qu'elles s'appliquent. Mais alors comment ?
On pourrait dire trois choses.
1- Première constatation: ces béatitudes sont à
l'envers de celles du monde qui nous entoure. C'est une première
constatation facile. "Chanceux ! tu viens de gagner le million!" dit le
monde. "Chanceux, si tu es pauvre," dit Jésus. C'en est
même choquant. Et on pourrait continuer tout au long: "chanceux
toi qui n'as pas de problème !"
-"Chanceux, toi qui pleures," dit Jésus. Oui, c'est à
l'envers. Les béatitudes de Jésus sont à l'envers.
A l'envers de la voie facile, trop facile. A l'envers parce qu'elles
proposent un bonheur qui dure, qui ne disparaît pas; un bonheur
qui touche l'intérieur; un bonheur qui ouvre les bras et ne
renferme pas sur soi; un bonheur qui est libre de toute crainte; un
bonheur qui rend meilleur; un bonheur au niveau du coeur ouvert
à tous et non à des privilégiés... Neuf
fois, répété comme un refrain. Comme si
Jésus disait: c'est du solide que je vous offre.
2- Mais où est le secret de ce bonheur ? Il est dans la personne
qui parle, en Jésus lui-même. Il ne s'agit pas de
recettes: "faites cela et vous serez heureux." Il s'agit de beaucoup
plus. C'est Jésus qui livre son secret de bonheur, celui qui le
fait vivre. C'est Jésus qui se dit la source du vrai bonheur.
Et alors on peut commencer à comprendre pour vrai.
Qu'est-ce qui me donnera la paix, la vraie paix du coeur, profonde,
durable, sinon Jésus lui-même ? Qui me donnera la force,
celle qui permet d'affronter les difficultés de la vie, sinon
Jésus lui-même ? Qui me donne la certitude, la
lumière, l'assurance, la sagesse, le sens: sinon Jésus
lui-même ? Qui me donnera la vraie joie, la joie d'être
aimé et d'aimer dans la confiance totale, sinon Jésus
lui-même ?
Oui, le secret, c'est Jésus, en sa personne.
Et nous avons la chance d'avoir ce secret à notre portée,
n'importe quand, à tout moment, dans les épreuves et les
joies, dans mes pauvretés et mes richesses. Il est toujours
à notre portée. Voilà le secret. Jésus.
3- Et finalement, j'ai un choix à faire, un chemin à
prendre, celui qui s'ouvre devant moi quand j'ouvre l'Évangile.
Et finalement, je m'aperçois que ce bonheur-là, le vrai,
il est déjà commencé en ma vie. Il est
déjà inscrit dans mille petits gestes de ma vie
quotidienne.
Je l'ai rencontré souvent ce bonheur, dans les yeux de quelqu'un.
Il est en germe dans nos choix de tous les jours.
Il nous est même donné comme un fruit de tous les jours.
Quand je tends la main à celui qui a faim, je reçois plus
que je donne.
Quand j'offre le bras à celui qui est accablé, je
reçois tant d'amitié.
Quand je refuse le plaisir facile, je reçois la liberté
intérieure.
Quand je refuse la voie facile, je reçois la force de me
surpasser.
Quand je refuse l'illusion, je trouve la vérité.
Le vrai bonheur, il est déjà en moi. Et Jésus me
confirme, comme celui qui sait: heureux le pauvre de coeur, heureux
celui qui s'engage pour la justice, heureux le coeur pur, heureux le
coeur fort et doux... Il nous a livré son secret de bonheur, le
secret de Dieu, devenu maintenant celui des hommes.