3e dimanche de Pâques, année A

Récit des disciples d'Emmaüs
Luc 24: 12-35

Homéliste: Gilles Dallaire, montfortain

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Parmi toutes les apparitions du Seigneur, celle aux disciples d'Emmaüs est peut-être celle qui nous touche de plus près, comme on le voit dans la grande fresque en avant. Jésus n'apparaît pas aux douze, ni au Cénacle, ni en Galilée, mais sur la route, à des disciples inconnus, dont on ne connaît qu'un nom. On se reconnaît facilement, nous les chrétiens, sur nos chemins quotidiens, depuis les temps sombres jusqu'au soleil, jusque sur le toit olympique.

On pourrait l'appeler l'apparition des découragés.
Rien de plus découragés que ces deux disciples, qui s'en retournent chez eux; tout est fini pour eux, leurs espoirs, leurs attentes les plus chères. Ils sont tout tristes, note St Luc, en parlant de ce qu'ils viennent de vivre.
Et l'Évangile va nous montrer comment ils passent des ténèbres à la lumière, du découragement à l'engagement, des doutes à la foi, de l'absence à la présence.
Vraiment un évangile pour les découragés de tous les temps.

On peut y déceler trois aspects, à résumer en trois mots: présence, vision, chaleur.

- Présence: Jésus les rejoint sur la route, sur leur route. Il va leur être présent, non pas seulement physiquement, mais vraiment, comme une mère est présente à son enfant, comme une garde-malade est présente à un malade, comme on est présent à quelqu'un qu'on aime, ou à quelqu'un qui souffre. Cette présence se manifeste par l'écoute. Jésus va les écouter. Il faut qu'ils disent leur désarroi, leur déception. Jésus les questionne et les écoute. Il leur est intimement présent.
    Nous aussi il nous arrive d'avoir besoin de présence, d'un ami. Quelqu'un qui nous écoute, comme c'est important. Un des plus grands cadeaux de la vie, c'est un ami, une amie, qui écoute, qui nous est présent, à qui on peut tout dire.
    Jésus, vivant, présent, celui à qui on peut tout dire, celui à qui on doit tout dire, de toutes nos préoccupations, de toutes nos déceptions, de toutes nos limites.
Voici celui qui nous rejoint sur notre route. Il est présence.

- Vision: nos deux disciples sont bloqués. Ils ont tout pour croire: Jésus, ce prophète extraordinaire, les signes du tombeau vide... mais ils sont bloqués dans leur foi. Et c,est normal: ce qui les bloque, c'est la condamnation, la mort, la croix. Quel scandale, qu'on a de la peine à imaginer nous, de loin. Eux viennent de vivre la mort horrible de Jésus, d'en être témoins. Et ils sont bloqués dans leur foi. Avec raison, dirait-on.
    Comment Jésus va-t-il les aider ? Par une vision. On n'explique pas la croix toute seule, elle n'a pas de sens toute seule. Elle ne prend son sens que dans une vision d'ensemble de la foi. C'est ce que fait Jésus: il ouvre leur intelligence au sens du Plan de Dieu, plan d'amour. Comme un travelling-arrière, comme une caméra qui recule, pour voir l'ensemble.
    C'est souvent la seule façon de débloquer un problème, une question, un blocage. Il faut prendre du recul. J'ai rencontré des gens bloqués par un détail de la foi, la virginité de Marie par exemple. Impossible de la justifier à part. Seule une vision générale de la foi permet de voir le grand plan de Dieu, réalisé dans l'Incarnation de son Fils, et ensuite d'y intégrer naturellement tous les éléments, dont la virginité de Marie, qui vient s'harmoniser à l'ensemble.
Combien de problèmes ne se résolvent que dans une vision d'ensemble. Problèmes de communication entre nous, entre parents et enfants, problèmes de foi, problèmes de vie... Jésus l'a compris mieux que nous. Il vient donc rappeler aux disciples tout le plan d'amour de Dieu: il fallait...

- Chaleur: le troisième élément, c'est la chaleur. C'est le coeur. Car l'intelligence a beau être atteinte, c'est le coeur qui compte. C'est là qu'est l'énergie. "Notre coeur n'était-il pas brûlant pendant qu'il nous parlait". Et cette chaleur s'exprime par l'invitation pressante; reste avec nous, le jour tombe. Ils entrèrent et mangèrent ensemble. Alors ils sont prêts à reconnaître, par le coeur.
    Le coeur, c'est la source de l'engagement, de la force, de l'énergie,
et il en faut pour reprendre le chemin: ils retournent à Jérusalem, parce que leur coeur a été retourné.
    Dans un film récent, un bon vieux découragé rencontre une vieille dame, et se sent retourné. Il va reprendre sa lutte pour la justice, en se répétant: "vale la pena", "cela vaut la peine, cela vaut la peine". Il a rencontré quelqu'un, et il a découvert que la vie vaut la peine.
    C'est peut-être le message final de cet Évangile. Cela vaut la peine. Pas facile d'élever des enfants aujourd'hui, mais ça vaut la peine. Pas facile de s'engager dans un contrat d'amour aujourd'hui, mais ça vaut la peine. Pas facile d'être chrétien dans le monde d'aujourd'hui, mais ça vaut la peine. Pas facile d'être prêtre dans l'Église d'aujourd'hui, mais vale la pena, ça vaut la peine.

Finale: Jésus se révèle, et il disparaît, en même temps. Comme pour nous dire: je suis là, vous ne me voyez pas de vos yeux de chair, mais je suis là. Écoutez votre coeur ! Comprenez l'Amour. Et reprenez le chemin: cela en vaut la peine, vale la pena !

J'ajouterais un mot sur notre Pape Jean-Paul II. Il fut avant tout présence, et par lui Jésus se faisait présent aux 110 pays visités. Il ouvrit notre esprit à l'essentiel de la foi, à une vision profonde et renouvelée, par ses 14 encycliques: ouvrez à Jésus-Christ. Il fut aussi une chaleur, dans sa voix, dans son regard, dans sa parole: n'ayez pas peur !



 





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