3ème dimanche de l'Avent A
(Isaïe 35, 1-61.10; psaume145; Jacques 5, 7-10; Matthieu 11, 2-11)

Homéliste: p. Georges Madore, montfortain



En prison!
     Aujourd'hui, l'Évangile remet devant nos yeux le grand personnage de Jean-Baptiste, ce prophète, ce géant, que les foules courraient voir au désert, et dont la parole osait s'attaquer même aux puissants de ce monde. Mais voilà que le Jean d'aujourd'hui n'est plus l'ascète du désert, ni le prophète qui rugissait contre les péchés des grands, ni le baptiseur qui attirait des foules au Jourdain. Il est en prison. Il est enchaîné. Et même, il est troublé. Ce Messie qu'il annonçait, est-ce bien Jésus? Pourquoi une telle question de la part de Jean? On pourrait répondre à première vue: eh bien y a de quoi être découragé. Emprisonné, abandonné, seul! Mais attention. Avant de faire de la psychologie, retournons au texte de Matthieu. Pas plus tard que la semaine passée, il nous présentait le message de Jean. Vous rappelez-vous comment celui-ci voyait le Messie? Il le voyait comme un bûcheron qui arrivait avec sa hache pour jeter à terre les arbres qui ne portaient pas de fruit (Matthieu 3, 10-11) Or, Jésus n'arrive pas avec sa hache. Il arrive plutôt avec sa pharmacie; il vient guérir au lieu d'abattre; il soulage les faibles au lieu d'attaquer les grands. Il se présente comme celui qui est doux et humble de cœur. Donc, le problème de Jean, c'est que non seulement ses mains sont enchaînées, mais son regard l'est aussi. Il a une certaine vision de Dieu qui l'empêche de découvrir un Dieu inattendu, étonnant, imprévu. En répondant à sa question, Jésus cherche à ouvrir les yeux de Jean, à le délivrer d'un certain aveuglement, à lui faire découvrir que Dieu vient comme celui qui guérit et non celui qui punit.
Mes prisons
     Avant de plaindre Jean-Baptiste ou de le condamner comme un naïf, voyons voir si nous-mêmes ne sommes pas prisonniers d'une certaine vision de Dieu. Nous aimerions un Dieu bouche-trou qui vienne régler nos problèmes, qui répondent à nos désirs. Comme l'a écrit Dom Guillaume, «Dieu n'est pas venu répondre à notre désir, il est venu changer notre désir. Il est venu planter son propre désir dans notre cœur. Et le désir de Dieu, c'est que les plus petits soient servis. C'est qu'on prenne plaisir à les aimer, à les soutenir. Et pour que cela se fasse, Dieu a besoin de me guérir.
C'est moi le malade!
     Ces guérisons que Dieu veut opérer pour moi sont bien décrites par Jésus. Il veut d'abord m'ouvrir les yeux sur son propre mystère, me faire comprendre qu'il vient à moi de manière étonnante, à travers le plus petit (J'ai eu faim, vous m'avez donné à manger...)
     Il veut ouvrir mes oreilles, car le sourd, c'est moi. Ouvrir mes oreilles à ceux qui sont seuls. (Exemple de Lorraine qui écoute Marie-Perle une heure par jour!)
     Il veut me donner des jambes pour que j'aille vers ceux que je n'aime pas, que j'évite (exemple du gars qui vivait un conflit avec sa mère et sa sœur depuis 15 ans; et Dieu lui donnait des jambes pour aller vers elle).
     Le lépreux, c'est moi-même qui suis contaminé par l'orgueil, la rancune..
     Ainsi, Dieu veut me guérir, pour qu'à mon tour je puisse guérir les autres...
Accueillons-le Christ qui vient à nous en cette Eucharistie. Disons-lui de tout notre cœur: «Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir; mais dis seulement une parole, et je serai guéri!»