3e dimanche de l'Avent
12 décembre 2004-12-11

Isaïe 35, 1-6a.10
Jacques 5, 7-10
Matthieu 1, 2-11


Homéliste : Jean-Guy Richer. Montfortain


Un de mes professeurs nous disait que pour composer une bonne homélie, il fallait travailler avec le journal dans une main et la Bible dans l'autre. Comme pour illustrer que la Parole de Dieu donne toute sa valeur, sa force et sa perspicacité en éclairant l'actualité et notre histoire.

Aujourd'hui, 3e dimanche de l'Avent, les textes encore une fois, nous parlent d'Espérance et d'engagement. C'est aujourd'hui le dimanche pour le partage de Noël. Et il nous est donné une Parole qui, d'Isaïe, à Jésus, à aujourd'hui, s'actualise à travers l'histoire ou mieux qui, à travers nous s'actualise.  C'est un souffle d'Espérance qui traverse les siècles et les générations.

Le prophète Isaïe 35, 3-6
  Fortifiez les mains affaiblies, affermissez les genoux qui chancellent.
Dites aux coeurs défaillants: "Soyez forts, ne craignez pas; voici votre Dieu. C'est la vengeance qui vient, la rétribution divine. C'est lui qui vient vous sauver."
Alors se dessilleront les yeux des aveugles, et les oreilles des sourds s'ouvriront.
Alors le boiteux bondira comme un cerf, et la langue du muet criera sa joie. Parce qu'auront jailli les eaux dans le désert et les torrents dans la steppe.

Jésus en Matthieu 11,  Allez dire ce que vous voyez et entendez : les aveugles voient, les sourds entendent...
La Bonne Nouvelle est annoncée.

Et nous aujourd'hui :  Regardez ce qui ce produit dans le temps de Noël : des pauvres sont consolés, des familles sont secourus, de jeunes femmes victimes de violence peuvent trouver un lieu de paix et de sécurité, des jeunes blessés par la drogue,  blessé par la vie peuvent trouver de l'aide...   La Bonne Nouvelle est annoncée.

Evidemment, notre partage, notre aide ne doit se limiter au temps de Noël, mais s'il prenait sa source dans ce grand mystère où Dieu vient habiter chez nous afin que ce monde puisse trouver un chemin d'espérance. Oui, la Parole de Dieu nous parle d'espérance, d'une espérance rendue possible grâce à " Dieu avec-nous ".    Cette Espérance nous invite à être vigilants, à relever la tête, à reprendre courage, à attendre avec patience.

D'Isaïe à Jésus, à l'Église d'aujourd'hui, la Promesse de Dieu se transmet comme un refrain qui n'a pas de fin. Cette Espérance n'est jamais totalement accomplie parce qu'elle passe par la transformation de chaque être humain. Alors de génération en génération, les chantiers sont à continuer.

Cette Espérance passe aussi par l'engagement des croyants et croyantes de chaque génération.
J'oserais dire que l'Espérance ne peut pas exister s'il n'y a pas quelqu'un pour la porter dans son cœur d'abord puis pour la partager avec qui en a besoin. Ainsi agissent les prophètes, ainsi agit Jésus, ainsi agit l'Église.

C'est à nos gestes, nos attitudes, nos comportements que nous sommes reconnus, identifiés.

Dieu agit envers son peuple pour le libérer, pour en prendre soin, pour le guider, et on l'a nommé le Libérateur, le Dieu de miséricorde, le Dieu qui guérit, le bon berger, le Source selon la présence expérimenté par les croyants et croyantes qui nous ont précédé.


Je vous raconte une anecdote. 
Au cours d'un voyage récent en France pour représenter ma communauté, je me présente à un comptoir d'Air France afin de demander une information dans mon meilleur français international. Je n'avais pas dit trois mots que la dame à qui je m'adresse, s'exclame avec bonne humeur :  " Ah ben tabarouette, un québécois... J'habite Montréal, moi aussi. "
Reconnus à l'aéroport Charles-de-Gaules, à Paris pas simplement pour un accent québécois, mais parce que les québécois soit chaleureux, sans prétention, accueillant, respectueux des autres, généreux d'eux-mêmes, etc...

Aujourd'hui, je pense à cette anecdote et je me dis : Est-ce qu'on reconnaît de façon aussi évidente, notre appartenance au Christ? Est-ce que notre identité chrétienne est reconnue de façon aussi évidente?  Ce serait bien aussi, si des gens nous disaient : "  Ah ben tabarouette, un chrétien.  C'est bon de vous rencontrer parce que vous êtes bons, pleins d'espérance, généreux, etc... "


Si l'Espérance marque notre  identité,  quelles en sont donc les caractéristiques?

Voilà quelques notes de l'Espérance ...
- c'est avoir la vigilance, le courage, de reconnaître et de se libérer de nos fausses sécurités,
- c'est mettre sa confiance en Dieu,
- c'est donner de l'espérance aux autres, car l'espérance n'est pas solitaire, mais communautaire.


Extraits de : De la morosité à l'espérance, René Latourelle, - p. 145

L'authentique espérance chrétienne apparaît donc comme un exode de soi pour vivre de Dieu et en Dieu. Espérance c'est avoir le courage comme Abraham, de rompre avec les sécurités d'ici-bas, palpables et mesurables, pour se jeter dans l'insondable profondeur de l'amour de Dieu révélé dans l'Amour crucifié (He 6,18-20). Attitude aux antipodes de l'homme du xxe siècle qui se glorifie de ses prouesses techniques pour s'établir dans le royaume du moi, d'où Dieu est absent.

Nulle part, la fermeté de l'espérance chrétienne n'est exprimée avec plus de force que dans l'hymne qui termine l'épître de Paul aux Romains (8,31-39): hymne de confiance en l'amour indéfectible de Dieu. Les chrétiens ont raison d'espérer parce que le Christ les a délivrés de la mort et du péché. Et "ceux qu'il a justifiés, Dieu les a aussi glorifiés" (Rm 8,29-30). Aucune puissance, désormais, ne peut prévaloir contre l'amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ (Rm 8,38-39).  Cette espérance ne déçoit pas parce que l'Esprit donné par Dieu crée en nos coeurs la certitude d'être aimés.

L'Espérance chrétienne n'est pas solitaire, mais communautaire: perspective synthétisée dans ÉP 4,4-6: "Il n'y a qu'un corps et qu'un Esprit, tout comme il n'y a qu'une espérance au terme de l'appel que vous avez reçu; un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême; un seul Dieu et Père de tous, qui est au-dessus de tous, par tous et en tous." Cette espérance unique et commune à tous est l'oeuvre de l'Esprit, car c'est lui qui garantit en chacun l'avènement anticipé du salut futur dans le Christ ressuscité (Ép r,,18). Un même amour nous pousse à espérer pour les autres ce que nous espérons pour nous-mêmes.



Bonne semaine


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