33ième dimanche ordinaire A
      Matth. 25, 14-20
      Prov. 31, 10-13.19-29.30-31
      Thess. 5, 1-6


Homéliste : Claude Sigouin, s.m.m.


      En ce 33iéme  dimanche du temps ordinaire, la liturgie nous offre la parabole des talents ou encore mieux appelée, la parabole des trois serviteurs.
      En parlant se service, le premier modèle qui nous est présenté est une femme dans notre première lecture du livre des Proverbes La « femme vaillante, qui peut la trouver, elle est infiniment plus précieuse que les perles ».
      L’évangile et  la lettre de Paul aux Thessaloniciens, de notre seconde lecture, nous situent à fin de temps à l’occasion du retour en gloire du Seigneur.
      « Au sujet de la venue du Seigneur, écrit Paul, il n’est pas nécessaire qu’on vous parle de  délais et de dates. Vous savez très bien que le jour du Seigneur viendra comme un voleur dans la nuit »  et l’apôtre de nous avertir  « de ne pas rester endormis comme les autres mais d’être vigilants».
     
       Le Maître, dans l’évangile d’aujourd’hui, c’est Jésus, et son «départ en voyage» est le symbole de sa mort. Son retour «longtemps après», signifie son retour dans la gloire à la fin des temps. L’évangile mentionne aussi des talents.
      Qu’est-ce qu’un talent ? C’est une valeur monétaire, une pièce d’or  qui  équivalait, au temps de Jésus, à une somme d’argent énorme, à plusieurs années de salaire d’un ouvrier, une estimation de 17 années de travail pour un seul talent, et si l’on calcule pour 5 talents, c’est une somme très considérable, un véritable trésor.
      Le mot talent, peut-être aussi transposer sur un autre plan plus concret en ce qui nous conerne. Nous pouvons parler ainsi de nos talents, de nos capacités humaines et spirituelles, du trésor de tous les dons multiples reçus de Dieu.
      Quel est ce trésor ? C’est avant tout le trésor de notre vie humaine, une vie créée à l’image et à la ressemblance de Dieu.
       C’est aussi le trésor de notre vie dans l’Esprit Saint, une participation même à l’être de Dieu, à l’Amour de Dieu, par la grâce sanctifiante de notre baptême, par les vertus théologales  de foi, d’espérance et de charité, par les dons de l’Esprit.
      C’est aussi toute la Création si merveilleuse qui nous est confiée et qu’il nous fait protéger en lien avec le mouvement écologique actuel.
      Comme le proclame notre page d’évangile,  « un homme qui partait en voyage, appela ses serviteurs et leur confia ses biens…à chacun selon ses capacités.»
     
      Que nous dit cette parabole des trois serviteurs sur Dieu lui-même ?
     
      La parabole nous parle de deux images de Dieu, le Dieu d’amour ou le Dieu sévère, et contrairement à cette présence de Dieu, la parabole  nous parle aussi de l’absence de Dieu.
     
      Voici une première image de Dieu : un Dieu d’amour, infiniment bon, infiniment aimable. Un Dieu qui donne gratuitement et en super abondance. Un Dieu qui  nous veut  libres et responsables. Il ne dit pas à ses serviteurs quoi faire et comment le faire ? Il nous fait complètement confiance. Comme nous le chantons dans un hymne du bréviaire « Qui est donc notre Dieu pour nous aimer ainsi ? »
     
       Dieu veut que nous portions des fruits  en abondance surtout les fruits de l’Esprit
 « l’amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bienveillance, la foi, la douceur, et la maîtrise de soi»  (Gal.5, 22-24), selon l’énumération de Paul aux Galates.
      C’est ainsi que nous serons  de bons et fidèles serviteurs et que nous  serons assurés comme les deux premiers serviteurs de l’évangile d’entrer dans la joie éternelle de notre Maître.
     
      Voilà une deuxième image de Dieu contraire à la première : un Dieu dur et exigeant, un Dieu sévère et  épeurant. « J’ai eu peur, et je suis allé enfouir mon talent dans la terre.»
      À celui qui a peur et qui cache ce qu’il a reçu, tant matériellement que spirituellement, qui enfoui le trésor de ses talents dans la terre, Dieu ne redonne plus rien. C’est le sort du troisième serviteur de la parabole, « un «serviteur mauvais et paresseux et bon à rien.» selon les mots même de l’évangile. Et son maitre de répliquer : « Enlevez-lui donc son talent et donnez-le à celui qui en a dix. Car celui qui a recevra encore, il sera dans l’abondance. Mais celui qui n’a rien se fera enlever même ce qu’il a».
      Malheureux sommes-nous si nous avons une telle image de Dieu. Il faut la changer immédiatement. Elle est fausse. Ce n’est pas le Dieu que nous a révélé le Christ, un Dieu infiniment aimable, infiniment miséricordieux.
     
      Troisièmement, que nous dit encore cette parabole au sujet de Dieu ?
     
      Elle nous parle de l’absence de Dieu.
     
           Dieu part pour un long voyage. « Longtemps après, nous dit l’évangile, leur maître revient».
    Qui parmi nous n’a pas fait un jour cette expérience de l’absence de Dieu ?
      Souvent Dieu  semble vouloir être absent de nos vies quotidiennes. Il est parti très loin, il est inaccessible, sans contact avec nous.
      Où est-il notre  Dieu qui nous laisse souffrir, qui nous laisse avec nos problèmes?
    Où est l’amour de Dieu dans ce monde de conflits et de guerre? Où est sa justice?
 Cette absence de Dieu est terrible et interpelle notre foi, notre confiance.
 Cette absence de Dieu est la  principale raison de l’incroyance  des athées et des agnostiques, de l’incroyance de plusieurs qui ne veulent plus pratiquer leur religion.

    Quelle est notre réponse ?

    Cette absence de Dieu n’est pas réelle. Elle est en apparence seulement. Il est là au cœur de nos vies , c’est lui qui nous fait vivre, même si cela ne se fait pas sentir. La présence de Dieu n’est pas sentimentale, cette présence est au niveau de la foi.
             Cette absence de Dieu est temporaire, elle est limitée et non pas pour toujours   

             Cette absence de Dieu est aussi subjective, elle me concerne uniquement. Il semble absent pour moi, mais il est  très présent pour mon voisin ou ma voisine.
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    Cette absence de Dieu peut être même avantageuse. Elle nous permet d’approfondir notre désir de Dieu, notre soif de Dieu, notre désir très profond de sa présence. Elle nous  permet aussi de mettre en acte la vertu d’espérance, cette espérance qui nous fait attendre la vie éternelle, cette plongée dans l’amour de Dieu, et les grâces nécessaires pour la recevoir.
    C’est le sens de la prière que nous récitons à chaque eucharistie après la prière du Notre Père, « rassure-nous devant les épreuves en cette vie, où nous espérons le bonheur que tu promets et l’avènement de Jésus-Christ, notre Sauveur»

      À la lumière de cette parabole, demandons-nous :

Quelle est notre  image de Dieu ? Est-ce un Dieu d’amour ou un Dieu de peur ?

Quelle est notre réaction, lorsque nous faisons l’expérience douloureuse de l’absence de Dieu dans notre vie?

Quelle est notre fidélité dans l’usage des biens  précieux qui nous sont donnés, tant au point de vue matériel que spirituel ?  Sommes-nous vraiment responsables de ces biens, pouvons-nous en rendre compte ?

Terminons avec cette prière.

      «Seigneur, tu nous as choisis pour servir en ta présence, tu nous veux fidèles  et bons serviteurs, tu nous veux responsables dans ce monde, dans l’attente de ton retour, dans l’attente d’entrer dans ta joie éternelle, garde-nous d’enterrer les nombreux« talents» reçus de toi ! 
          Que la Vierge Marie, cette femme vaillante, bonne et fidèle  servante du Seigneur, nous accompagne et nous guide dans le choix de nos décisions pour que avec les talents que Dieu nous a confiés, nous faisions  grandir en nous et autour de nous le royaume de Dieu, un royaume de d’amour, de  justice, de  paix et de  joie.  Amen.»

Claude Sigouin, s.m.m.
Sanctuaire MRDC,
12 et 13 novembre 2011.