33ème dimanche du temps ordinaire A
Proverbes 31, 10=31; psaume 127; 1 Thessaloniciens 5, 1-6; Matthieu 25, 14-30


homéliste: G. Madore, montfortain


Victoire de l'amour!
    Nous sommes en l'an 51. L'année d'avant, Paul s'est aventuré à Thessalonique, capitale de la Macédoine. Le nom signifie: victoire de la mer. Port de mer important, au bout de la via Egnatia. Plusieurs cultes: Dyonisios, Isis, Osiris, Cabirus. Son message de l'Évangile a été accueilli par des païens – surtout des esclaves et des petits travailleurs– qui ont été transformés par la grâce de l'Esprit. Paul a été émerveillé de cette transformation et par leur persévérance, à travers des épreuves et des persécutions. Pourtant, il a dû fuir. Se demandant comment a pu survivre cette communauté abandonnée, il y envoie Timothée. Celui-ci revient avec des bonnes nouvelles: la communauté tient le coup, elle est toujours attachée à Paul; mais elle est troublée par un grave problème: la mort. Alors Paul leur envoie une lettre.
    C'est comme un cri du cœur. Paul leur dit: «Traitant chacun de vous comme un père ses enfants, nous vous avons exhortés et encouragés» Il ajoute: «Nous avons été au milieu de vous plein de douceurs, comme une mère réchauffe sur son sein les enfants qu'elle nourrit. (2, 11; 2,7) Et «sur l'amour fraternel, vous n'avez pas besoin que l'on vous écrive, car vous avez appris vous-mêmes de Dieu à vous aimer les uns les autres! (4,9)» Donc, ce qui caractérise ce groupe nouveau à Thessalonique, ce n'est pas un temple, ou une statue, ou un costume. C'est l'amour.
    Paul leur rappelle que ce n'est pas fini. Toute leur vie, ils auront à livrer un combat dans leur cœur entre les forces du mal et de l'égoïsme, contre la force de l'amour, de la solidarité... (parabole des deux loups).

Victoire de la vie
    Cette communauté est toute tendue vers la venue (parousie) du Christ. On l'attend d'une minute à l'autre. On ne parle que de ça! Or, voilà que la mort frappe certains des leurs. Quoi? Ils ne seront pas là pour le retour du Christ? Qu'est-ce qui leur arrive? Paul affronte le problème de face. Il n'essaie pas d'esquisser la mort. C'est un peu ce que fait notre monde moderne: j'ai l'impression qu'un jour on interdira les monuments funéraires, par ce que ça fait peur eux enfants ou ça nuit aux tondeuses à gazon. Comme si la société disait: «La mort, on va lui apprendre à vivre!» Paul répond de manière étonnante, en disant en somme: «La mort est aussi l'ennemi de Dieu.» Ce n'est pas seulement le nôtre. (Exemple de la leucémie de mon ami Paul. Tant que ça allait bien, c'était son problème. Mais quand c'est devenu grave, quand il lui a fallu des transfusions et de la chimio, la leucémie est devenue aussi mon ennemi à moi, car elle veut me ravir mon meilleur ami!). Aussi, rappelle Paul, Dieu a attaqué la mort. Sa première victoire, c'est le Christ ressuscité. Et cette victoire, Dieu l'étendra à tous ceux qui croient; ils vivront tous dans le Christ ressuscité. En recevant le Corps du Christ, c'est un corps de ressuscité que nous recevons et auquel nous communions.

Une date s'il-vous-plaît
    Mais alors, cette fameuse venue du Christ, quand se fera-t-elle? Quels en sont les signes? Paul répond: elle est sûre, mais elle est imprévisible. Comme un voleur! Comme les douleurs d'une femme enceinte! Pour ce qui est de la date: laissons cela à Dieu. Ce qui est sûr, c'est que ce monde, tel qu'il est, s'écroulera. Pour nous, une seule chose compte: ne pas nous laisser endormir à croire que seul ce monde existe! Si tel était le cas, nous serions les plus malheureux des hommes (Exemple de l'Abbé Quesnel atteint de parkinson). Un chrétien, c'est quelqu'un qui voit clair, qui ne se laisse pas séduire par les apparences. «Ce que je suis n'est rien à côté de ce que je suis appelé à devenir, par la grâce de Dieu.»
        Dans l'évangile, Jésus se compare à un maître parti en voyage pour très longtemps. Mais que faire en son absence? Ce n'est pas un temps vide où on se tourne les pouces en attendant! En effet, avant de partir, le Maître a confié son trésor à ses serviteurs. Mais demandons-nous: quel peut être le trésor de Jésus? Sûrement pas l'argent; il n'a jamais rien possédé. Il est mort si pauvre qu'un autre – Simon d'Arimathie – a dû s'occuper de pourvoir aux funérailles! Donc, le trésor de Jésus, ce n'est pas des choses. C'est tout simplement nous! Le trésor de Jésus, c'est le peuple qu'il s'est acquis «au prix de son sang». Ce sont les plus petits, les plus pauvres, comme il le montrera dans une autre parabole que nous lirons dimanche prochain (25, 31-46). Ceux qui ont reçu plus d'amour doivent en donner plus! Même si on a l'impression d'avoir reçu peu, on doit toujours faire fructifier le peu d'amour qu'on a reçu.
    Prenons donc le temps de méditer cette lettre de Paul, qui est en fait le plus ancien écrit de tout le Nouveau Testament.