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octobre 2011 - cinquantième du sanctuaire
30ème dimanche ordinaire A
L'histoire de Marie Reine-des-cœurs
Homéliste : G. Madore
(fête de la
Reconnaissance du sanctuaire Marie-Reine-des-Coeurs)
Poitiers, 1705. Pour sa première mission, Montfort choisit le
faubourg
de Montbernage. Au pied des roches qui surplombent le Clain,
s'entassent, pour s'étirer ensuite par un long couloir vers les
hauteurs, les maisons de ce pauvre quartier. Dans le domaine religieux,
la pauvreté était encore plus grande : à la fin du 17ème siècle,
tout y était à édifier. Ces petites gens, boutiquiers, artisans,
terrassiers, vivaient loin de Dieu, dans une profonde ignorance des
vérités chrétiennes, la plupart même dans la haine du prêtre.
Montfort se sent là chez lui ; il parcourt ces ruelles boueuses,
pénètre dans les maisons, bénit les enfants, s'informe de la santé de
la famille, console les malades, encourage les mourants. S'il lui
arrive de croiser des groupes de journaliers, il entend les quolibets,
les plaisanteries, les injures même fuser sur son passage. Avec sa
pauvre soutane, sa physionomie humble et douce, il aborde les
insulteurs de hasard, s'intéresse à leur sort, et bientôt une
atmosphère de sympathie se crée autour du missionnaire.
Montbernage était loin de l'église [paroissiale] Sainte-Radegonde: le
prédicateur ne pouvait songer à y conduire ses nouvelles ouailles. Mais
il se trouve qu'en plein [dans le quartier] une grange est là, au bas
de la côte, qui d'ordinaire réunit la jeunesse pour ses fêtes et ses
danses libertines: c'est la grange de la Bergerie. Faire de ce lieu de
plaisirs un lieu de prières, tel est aussitôt le projet de l'homme de
Dieu. Il quête pour l'acheter et faire les réparations indispensables,
et ces pauvres gens sont d'une générosité touchante. Grâce au travail
mené bon train, le missionnaire en tête, en peu de jours la salle de
bal est devenue chapelle.
Dans cet oratoire improvisé, Montfort place au milieu un crucifix, et
pour décorer les murs, quinze étendards représentant les quinze
mystères du Rosaire : la Croix et le Rosaire, ce sera le symbole de
tout son enseignement. Ses sermons enflammés n'en furent qu'une
émouvante explication. L'amour de Jésus et de Marie, c'était [aussi] le
sujet de ses cantiques, que la foule prolongeait dans les rues et
jusque dans les demeures. De jour en jour, l'auditoire grandissait; les
âmes étaient remuées, les processions, avec croix et bannières,
abolissaient le respect humain et réveillaient les indifférents; le
chapelet, que l'on récitait tous les soirs devant une statue de la
Sainte Vierge, attirait la grâce-divine: on commença enfin à
s'approcher du missionnaire pour les confessions. C'était surtout au
[sacrement] de la pénitence qu'il méritait le nom de «bon Père [de
Montfort] ». Ne disait-il pas : «J'aimerais mieux souffrir en
Purgatoire pour avoir eu trop de douceur envers mes pénitents, que
[pour] les avoir sévèrement traités »?
La mission se clôtura par les adieux. Montfort confia ses enfants à la
Sainte Vierge : la grange de la Bergerie, il l'appela Notre-Dame des
Cœurs. « Si quelqu'un, ajouta-t-il, accepte de réciter ici la prière et
le chapelet, les dimanches et les fêtes, et de chanter la Petite
Couronne le midi, j'y laisserai l'image de ma bonne Mère.» Un ouvrier,
Jacques Goudeau, s'offrit à remplir cette fonction, et le Père, dans
l'allégresse, fit présent de la statue que l'on invoque sous le nom de
Marie Reine des Cœurs. Fidèle à sa promesse, Jacques Goudeau présidera
quarante ans encore la récitation du chapelet, et grâce à l'influence
profonde laissée par le saint, l'impiété révolutionnaire se heurtera,
dans ce quartier, à des cœurs vaillants, qui sauront écrire de
magnifiques pages d'héroïsme chrétien. Pendant les sombres jours de la
Terreur [1792-1794], on avait dû cacher la statue pour la soustraire à
la profanation.
(Le Crom, Un apôtre marial, saint Louis-Marie Grignion de Montfort, pp
136-139)
Ce qui est frappant dans ce récit, c'est que Marie
Reine-des-cœurs, dans son origine, c'est bien plus qu'une simple
statue. C'est un événement qui transforme une population, c'est tout
une pastorale, c'est un PPP!
Oui, trois éléments que Montfort met en
œuvre et qui ont fait la force de son ministère: la Présence, la
Parole, la Prière.
PRÉSENCE Avez-vous remarqué que Montfort ne commence pas par prêcher?
Il commence par se rendre présent là où sont les gens. Il veut être là
où ils vivent. Une décision semblable est aussi à l'origine de notre
sanctuaire. Sollicités pour aller installer le Sanctuaire dans un beau
coin de Lanaudière (Chertsey), les montfortains ont choisi d'être
présents là où il y a du monde, en pleine ville, à Montréal! Un
sanctuaire urbain, coincé entre les maisons, les commerces, la station
de métro!
PAROLE Par la suite, Montfort cherche un lieu où prendre la parole.
S'il achète et décore la grange de la bergerie, c'est pour en faire un
lieu où la Parole de Dieu retentira. Voilà aussi ce que nous, les
montfortains du Canada, avons voulu faire ici. Il y a d'abord la Parole
offerte dans la liturgie, à travers les lectures et la prédication.
Ici, on a toujours voulu offrir dans ce domaine un service de qualité.
Puis il y a aussi la Parole offerte à travers une foule d'activités:
les retraites, les conférences, les temps de ressourcement, les petits
groupes de cheminement, les associés montfortains, etc...
PRIÈRE: Montfort avait très bien compris que, sans la prière, la parole
tombe dans une terre stérile. La prière d'une part inspire le
prédicateur, guide sa pensée et son cœur pour que ses mots soient
vraiment une parole de Dieu pour aujourd'hui. La prière d'autre part
prépare les cœurs, les ouvre à Dieu, y stimule le désir de le
rencontrer et de l'aimer. Aussi, au sanctuaire Marie Reine-des-cœurs,
une large part est faite à la prière. D'abord dans le chapelet, cette
prière ‘merveilleuse de profondeur et de simplicité» a écrit le pape
Jean-Paul II. Beaucoup d'efforts ont été faits ici pour renouveler
cette prière en l'ancrant dans la parole de Dieu et la contemplation du
Christ. Puis, peu à peu, cette humble prière nous prépare à la grande
rencontre de l'eucharistie où le Christ se rend présent à nous afin de
nous nourrir de sa parole et de son corps.
Ce que je viens de dire rejoint la Parole de Dieu que nous venons de
proclamer. Jésus y résume toute la religion dans le double commandement
de l'amour. Or, qu'est-ce qu'aimer, sinon se rendre présent à l'autre?
Et comment se rendre présent à l'autre sinon d'abord par la parole.
J'ai vu récemment le film ‘La guerre est déclarée' où on voit des
parents dont la vie est bouleversée par la maladie de leur enfant
atteint d'une tumeur cancéreuse au cerveau. On les voit impuissants;
ils ne peuvent rien faire pour leur enfant sinon que de lui offrir leur
parole! Et aimer Dieu, c'est s'offrir à lui dans la prière pour prendre
le temps de l'écouter et de lui parler.
La ‘vraie' Marie Reine-des-cœurs?
Il y a plusieurs représentations de Marie
Reine-des-cœurs. J'attire votre attention sur un détail. Ici au
sanctuaire, le cœur est dans les mains de Montfort qui l'offre à la
Vierge. Mais dans la statue originale, c'était le contraire: c'est
Marie qui tenait son cœur et nous l'offrait. Il y a même des statues où
il n'y a aucun cœur (cf rotonde des lampions)! Mais finalement, le plus
important n'est pas là. L'important est le sens de cette
représentation. Ce que ça veut dire, c'est que Marie nous offre son
cœur pour que nous en fassions notre demeure. Pourquoi faire du cœur de
Marie notre demeure? Parce que c'est dans ce cœur, que, de manière
parfaite, l'être humain a rencontré Dieu, s'est laissé aimer par lui et
l'a aimé parfaitement en retour. C'est le cœur du parfait amour entre
Dieu et sa créature, de la rencontre réussie entre les deux. Depuis 50
ans, le Sanctuaire et tous les montfortains, bénévoles et associés ont
voulu être au service de cette rencontre. Il y a de quoi célébrer!