27ème ordinaire - B
Genèse 2, 18-24; psaume 127; hébreux
2, 9-11; Marc 10, 2-16
3-4 octobre 2009
Homéliste: p. Georges Madore, montfortain
Chemin d'amour, chemin de joie
La première lecture nous parle de la création de
l'homme et de la femme. Avant de créer la femme, nous dit le texte, «le
Seigneur Dieu fit tomber sur l'homme un mystérieux sommeil et l'homme
s'endormit». Pourquoi ce sommeil? Pour nous dire avant tout que le
couple humain n'est pas une invention de l'homme, mais de Dieu. Si
l'homme s'en était mêlé, il aurait tout gâté! Dieu savait mieux que
l'homme ce qu'il lui fallait. L'homme et la femme, ce qu'ils sont l'un
pour l'autre est un don de Dieu, en fait le plus beau et le plus grand
de la création. Rien n'est plus beau que la rencontre de l'homme et de
la femme, dans leur corps et leur esprit, dans leur rêves et dans leurs
peines, dans leur vie et dans leur mort.
Dans l'Évangile, les Pharisiens essaient d'amener
Jésus sur le terrain de la loi, des compromis, des rapports de pouvoir.
Jésus lui, les ramène à la Genèse où l'amour de l'homme et de la femme
apparaît dans sa vérité première: un immense et splendide don de Dieu
par lequel l'homme et la femme deviennent une image vivante de la
splendeur même de Dieu.
Chemin d'amour, chemin de croix
L'évangéliste Marc a placé cette discussion sur le
couple entre deux moments solennels où Jésus annonce sa passion (9,
30-32: 2ème annonce et 10, 32-34, 3ème annonce). Ce n'est pas pour
rien. C'est pour indiquer que le mariage chrétien doit se vivre à la
manière du Christ, dans un amour qui va jusqu'au bout, dans un amour
qui n'a pas peur du sacrifice, et qui embrasse le don de soi comme
règle fondamentale de son destin. Jésus dira: «le fils de l'homme n'est
pas venu pour être servi mais pour servir et donner sa vie» (10, 45).
Lorsque deux disciples de Jésus se marient, ils s'engagent à vivre leur
amour dans les pas du Christ. Cela veut dire à peu près ceci: on se
marie, non seulement pour se rendre heureux, mais pour rendre l'autre
heureux! Sans cette décentration de soi, l'amour est voué à l'échec, et
risque de se transformer en double solitude.
Chemin de croix, chemin de joie
Mais chose étrange, nous assure Jésus, le fait de
mettre nos pas dans les siens, de marcher sur le chemin difficile du
don de soi, autrement dit, le fait d'accepter que le chemin de l'amour
est aussi un chemin de croix et de sacrifice, tout cela conduit à une
joie plus profonde, plus solide que des bonheurs superficiels avec
lesquels on essaie d'habiller la nudité de notre existence.
G. MadoreLe vieux couple
Hier, j'ai vu un couple. Lui avait plus de 80 ans.
Elle en avait à peine moins.
Ils s'essoufflaient un peu, dans la montée de la rue. Il avait un peu
d'asthme. Elle, des rhumatismes. Ils ne regardaient ni les vitrines ni
les passants. Ils se regardaient, se tenant par la main, très fort Elle
avait un regard très bleu qui posait encore des questions. Lui, la
tenant par la main, croyait la protéger de tout: de la vieillesse, de
la laideur. de la solitude, de la mort.
Je n'ai pas osé leur demander si eux aussi,
autrefois s'étaient déchirés, disputés, trahis.
Je n'ai pas osé lui demander si, un matin, il l'avait trouvée moins
belle, moins désirable, moins séduisante que d'autres.
Je n'ai pas osé lui demander si elle l'avait trouver maniaque, bougon,
rabâcheur et autoritaire.
Si elle l'avait agacé avec ses tricots, ses confitures, ses papotages
et ses rangements de tiroirs S'il l'avait exaspérée avec ses mots
croisés, ses souvenirs de jeunesse, ses collections de timbres ses
vantardises.
Je n'ai pas osé leur demander combien de fois il était parti en
claquant la porte; combien de fois elle avait pleuré, combien de fois
il avait dit: "tu grossis"; combien de fois elle avait crié:
"tu ne m'aimes plus comme avant".
Je n'ai pas osé leur demander combien de fois ils avaient failli se
séparer, se détruire, se haïr peut-être? Qu'est-ce que ça peut faire?
Ils étaient là ensemble.
Il n'y a pas de truc, pas de système, pas de
recette-miracle pour un amour-miracle.
Il y a l'amour: avec ses révoltes, ses paliers, ses ombres, ses crises
qui ne sont peut-être que crises de croissance. Il y a l'amour couvert
de cicatrices peut-être plus émouvant, justement à cause de ses
cicatrices, que celui qui n'a souffert de rien, n'a rien risqué, rien
affronté.
Je n'ai pas osé leur demander:"Comment avez-vous fait?» Qui d'entre
nous l'aurait osé?
A vingt ans, elle lui disait sans doute:"On va
danser?" Il répondait: "Si tu veux, ma chérie".
A trente ans: "On va au bord de la mer?"" Si tu veux, mon chéri".
Plus tard:"On va voir les enfants?""Si tu veux chéri(e)".
Là, dans ma rue, elle semblait dire:"On va au bout de la vie?" Et lui,
serrant très fort cette petit main ridée, devait répondre en son
coeur:"Si tu veux, ma chérie".
L'amour, c'est cela: deux vieillards dans une rue
montante, qui se donnent la main pour arriver ensemble - essoufflés
mais ensemble - au bout de ce chemin difficile d'où ils pourront,
enfin: contempler le fleuve, les arbres, la vie, et se dire: «Nous
sommes venus jusqu'ici ensemble, dans ce long chemin ensemble. Nous
sommes devenus l'un pour l'autre notre raison d'être heureux.»
Chemin d'amour, chemin de joie,
chemin d'amour, chemin de croix,
chemin de croix, chemin de joie.