27ème
dimanche ordinaire A
Isaïe 5, 1-7; psaume 79; Philippiens
4, 6-9; Matthieu21, 33-43
Homéliste: p. Georges Madore, montfortain
Inquiets de rien???
«Ne soyez inquiets de rien». Vraiment, sur quelle planète vit saint
Paul? L'économie va mal, la planète est polluée, les glaciers fondent,
l'industrie de la construction est menée par la pègre! Comment Paul
peut-il parler ainsi? La réponse se trouve justement dans la petite
phrase: «Dans le Seigneur». L'expression «dans le Seigneur» revient
quatre fois dans le chapitre 4, et 9 fois dans l'épître... (Seigneur
désigne ici le Christ, (cf 1,2 À vous grâce et paix de par Dieu notre
Père et le Seigneur Jésus Christ; aussi 2,11; 3,8; 4,23) L'expression
«dans le Christ Jésus» revient 9 fois dans l'épître, une fois dans le
chapitre 4...
Philippiens 4:1 Ainsi donc, mes frères bien-aimés et tant
désirés, ma joie et ma couronne, tenez bon de la sorte, dans le
Seigneur, mes bien-aimés.
Philippiens 4:2 J'exhorte Évodie comme j'exhorte Syntychè à vivre
en bonne intelligence dans le Seigneur.
Philippiens 4:4 Réjouissez-vous sans cesse dans le Seigneur, je
le dis encore, réjouissez-vous.
4:7 Alors la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence,
prendra sous sa garde vos coeurs et vos pensées, dans le Christ Jésus.
Philippiens 4:10 J'ai eu grande joie dans le Seigneur à voir
enfin refleurir votre intérêt pour moi; il était bien toujours vivant,
mais vous ne trouviez pas d'occasion.
Baigner dans la confiance
Toute la vie chrétienne doit être
finalement, un immense acte de confiance qui sous-tend toute l'existence.
Mais qu'est-ce qui me permet d'avoir confiance en Dieu? Pour nous,
c'est l'expérience que Jésus lui-même a faite de Dieu. Il a fait
confiance en Dieu, il s'en est remis à lui toute sa vie. Il allait de
village en village, pauvre, sans revenu et sans domicile fixe, à la
Providence. Il n'a voulu travailler qu'à une chose: le règne de son
Père, et il savait que Dieu ne peut régner dans le monde que si les
gens l'accueillent dans la confiance. Il est mort dans l'abandon total
de ses apôtres et de sa famille (sauf sa mère); or Dieu n'a pas trahi
sa confiance. Dieu est allé l'arracher de la mort. C'est là tout le message de la
résurrection: Dieu tient parole. Il nous a créés, non pour nous
abandonner au hasard ou à la corruption, mais pour nous faire vivre.
Je vous présente quelqu'un qui a fait l'expérience très forte de Dieu,
une expérience qui l'a amené à devenir chrétien.
Eric-Emmanuel Schmitt
Ses études en philosophie l'avaient bien installé
dans un athéisme tranquille. C'est en 1989 qu'une expérience dans le
désert, au sud de l'Algérie, lui fit découvrir Dieu. Voici comment il
l'a racontée à un journaliste. « J'étais parti dans le Hoggar avec des
amis. Nous avions gravi le mont Tahar, le plus haut sommet, et j'ai
voulu redescendre le premier. J'ai vite compris que je ne prenais pas
le bon chemin, mais j'ai poursuivi, irrésistiblement séduit par l'idée
de me perdre. Quand la nuit et le froid sont tombés, comme je n'avais
rien, je me suis enterré dans le sable. Alors que j'aurais dû avoir
peur, cette nuit de solitude sous la voûte étoilée a été
extraordinaire. J'ai éprouvé le sentiment de l'Absolu et, avec la
certitude qu'un Ordre, une intelligence, veille sur nous, et que, dans
cet ordre, j'ai été créé, voulu. Et puis la même phrase occupait mes
pensées : Tout est justifié. (...) J'ai été alors inondé par la foi.»
Schmitt obtenait là un début de réponse aux
questions qu'il se posait sur le Mal et auxquelles personne – ni ses
parents, ni ses professeurs de philo– n'avait pu répondre: pourquoi les
guerres, les génocides, les armes atomiques? Pourquoi la maladie et la
mort? Sa rencontre avec Dieu dans le désert le convainc que tout a un
sens, même si cela nous échappe parfois. Quoiqu'il nous arrive, nous
sommes portés par un immense amour qui est plus grand que tout, même
que notre mort.
Il a écrit ce qu'il a appelé le «cycle de
l'invisible». Trois petits livres où il présente le judaïsme, le
soufisme (mystique musulmane) et le christianisme. Pour présenter la
foi chrétienne, Schmitt raconte l'histoire d'un petit garçon de 10 ans,
Oscar, atteint de leucémie. Il est à l'hôpital; il vient d'apprendre
que sa dernière chance, – une greffe de moelle osseuse– a failli. Il va
mourir sous peu. Ni ses parents ni ses médecins n'acceptent cela. Ils
n'en parlent pas... Une seule personne ose en parler avec lui, une
femme plutôt âgée, bénévole, qu'il appelle Mamie-Rose. Celle-ci lui
suggère deux choses: de considérer chaque journée de sa vie comme dix
ans. Ainsi, dans dix jours, il aura cent ans... Ensuite, elle lui
suggère d'écrire à Dieu, même si au début, Oscar n'y croit pas. Peu à
peu, il évolue dans sa relation à Dieu. Quelques jours avant sa mort,
c'est vers la fin de décembre, il assiste au lever du jour. À ce
moment-là, il vit une expérience intérieure qu'il décrit ainsi:
Cher Dieu, t'as choisi pile ton moment parce que
j'allais pas bien. (...) Quand je me suis réveillé, j'ai songé que
j'avais quatre-vingt-dix ans et j'ai tourné la tête vers la fenêtre
pour regarder la neige. Et là, j'ai deviné que tu venais. C'était le
matin. J'étais seul sur la Terre. Il était tellement tôt que les
oiseaux dormaient encore, que même l'infirmière de nuit, Madame Ducru,
avait dû piquer un roupillon, et toi, tu essayer de fabriquer l'aube.
Tu avais du mal, mais tu insistais. Le ciel palissait. Tu gonflais les
airs de blanc, de gris, de bleu, tu repoussais la nuit, tu ravivais le
monde. Tu n'arrêtais pas. C'est là que j'ai compris la différence entre
toi et nous: tu es le mec infatigable! Celui qui ne se lasse pas.
Toujours au travail. Et voilà du jour! Et voilà de la nuit! Et voilà le
printemps! Et voilà l'hiver! Et voilà Peggy Blue!» Et voilà Oscar! Et
voilà Mamie-Rose. Quelle santé!
J'ai compris que tu étais là. Que tu me disais ton secret: regarde
chaque jour le monde comme si c'était la première fois. Alors j'ai
suivi ton conseil et je me suis appliqué. La première fois... je
contemplais la lumière, les couleurs, les arbres, les oiseaux, les
animaux. Je sentais l'air passer dans mes narines et me faire respirer.
J'entendais des voix qui montaient dans le couloir comme dans la voûte
d'une cathédrale. Je me trouvais vivant. Je frissonnais de pure joie.
Le bonheur d'exister. J'étais émerveillé.
Merci Dieu,
d'avoir fait ça pour moi. J'avais l'impression que tu me prenais par la
main et que tu m'emmenais au cœur du mystère contempler le mystère.
Merci.
A demain, bisous, Oscar
Baigner dans la confiance, comme le Christ, dans le Christ. Voilà à
quoi nous sommes appelés. Paul a raison de nous dire: «Ne soyez
inquiets de rien...»