Premier Dimanche du Carême 2005 « A »
           Gen. 2: 7-9; 3,1-7a
           Ro: 5:12-19
           Mat. 4:1-11
          
          
       Depuis mercredi dernier, le jour de l'imposition des cendres, en signe de notre  fragilité humaine et du regret de nos péchés, nous sommes entrés dans le temps liturgique du Carême, quarante jours (c'est le sens du mot carême) de préparation pour la grande fête de la résurrection glorieuse du Christ à Pâques, et de notre participation réelle dès maintenant à cette résurrection.
 
  Quel est le sens de ce temps du Carême ?
 
       C'est avant tout un temps de pénitence, mais pas seulement dans le sens des "petits  sacrifices " ou des privations ou d'un certain jeûne  que nous pouvons nous imposer, mais  dans le sens profond d'une conversion totale, d'un réajustement de notre vie chrétienne.
       C'est un temps de purification du cœur qui nous prépare  à une rencontre plus intime  avec la Trinité d'Amour, un Père de tendresse, dans la douceur du Fils et la puissance  amoureuse de l'Esprit.
       Le carême est surtout  un temps de grâce, « un temps favorable » c'est à dire le temps des faveurs de Dieu à notre égard plus abondantes parce que nous sommes plus disponibles à les accueillir.
       C'est un temps fort pour les adultes qui se préparent au baptême, et pour nous déjà baptisés, pour prendre conscience des engagements de notre baptême, de notre engagement au Christ, pour vivre de sa vie, de plus en plus jusqu'à pouvoir dire comme l'apôtre Paul :  « Ce n'est plus moi qui vit mais le  Christ qui vit en moi »
 
       L'évangile d'aujourd'hui nous présente trois tentations de Jésus. Ce ne sont pas les seules tentations de sa vie . Le Christ parce qu'il était humain, hormis le péché, a certainement fait l'expérience de d'autres tentations, soit dans son enfance, son adolescence, dans sa vie adulte avant sa venue au  désert, et après sa sortie du désert même jusqu'à la Croix. . 
       Il faut savoir cependant qu'une tentation, ce n'est pas un péché. Il y a péché  uniquement, si consciemment, et librement, je décide de succomber à la tentation.
       La tentation, c'est une sorte d'épreuve, comme un examen ou une vérification de  notre identité profonde, une vérification de nos choix profonds. C'est une occasion d'exercer  notre liberté humaine. La tentation fait partie de la pédagogie de l'Esprit dans notre cheminement spirituel. C'est pourquoi le  texte évangélique de ce jour  commence ainsi: « Jésus, après son baptême, fut conduit au désert par l'Esprit pour être tenté par le démon."
 
       Comment l'évangéliste Matthieu présente- t-il ce récit des tentations ? Ce n'est pas un reportage en direct d' un journaliste, un événement extérieur avec témoin.! C'est une  réalité est tout autre. C'est une expérience intérieure de Jésus que l'évangéliste nous  présente.
       C'est avant tout un récit théologique . Le récit nous raconte trois tentations que nous  pouvons considérer comme une seule tentation la tentation du superflu. C'est ce que j'appellerais la "corbeille du superflu ".
 
       Quel est le superflu de la première tentation ? C'est le superflu de l'avoir exagéré. C'est la tentation de la consommation du profit exagéré de notre société actuelle. C'est le désir sans borne  des possessions de toutes sortes et de plus en plus abondantes. « Ordonne à ces pierres de devenir des pains »
       Certes le  pain de la terre est nécessaire, et nous le demandons quotidiennement dans la prière du Notre Père, mais le pain est aussi le symbole des biens matériels, des possessions matérielles et quand nous en possédons trop, nous pouvons oublier le pain de la Parole de Dieu.  A trop posséder matériellement  Dieu devient inutile ,nous finissons  par ne plus lever  les yeux vers lui. Les biens  temporels sont bons, mais en faire un absolu est une illusion tragique, un mirage trompeur et diabolique.
 
 
  Quelle est le surplus de la deuxième tentation ? C'est le superflu  du savoir incontrôlé. C'est premièrement, la tentation de la manipulation de Dieu.. Remarquez que cette tentation se passe au Temple. C'est l'endroit du culte, de notre relation à Dieu. « Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas . Il donnera pour toi des ordres à ses anges" . C'est vouloir se servir de Dieu et non pas servir Dieu. Notre culte devient de la magie.  Ce peuple m'honore des lèvres seulement, mais son coeur est loin de moi.
       C'est deuxièmement, la  tentation de se prendre pour un Dieu. Ce fut le péché d'Adam et d'Ève de notre première lecture d'aujourd'hui, le symbole  de l'arbre de la connaissance du bien et du mal.  A nous par exemple de savoir décider quand une action est bonne ou mauvaise évidemment sans référence à l'Évangile, sans référence aux enseignements de l'Église.. A nous de savoir décider quand l'avortement est permit, à nous de savoir décider du moment de la mort avec
  l'euthanasie active. À nous de savoir décider la vie en éprouvette, de savoir cloner des êtres  humains contre les lois de l'éthique humaine et chrétienne.  Nous n'avons qu'à lire les journaux pour réaliser l'actualité de cette tentation.
 
  Qu'elle est le surplus de la troisième tentation ? C'est le surplus du pouvoir illimité.
 
  . « Je te donnerai tout ce pouvoir et la gloire de ces royaumes»  C'est la tentation de dominer, de regarder les autres de haut, la tentation de s'imposer, d'exploiter et de contrôler les autres.  Le grand symbole  de cette tentation, c'est le  le superflu de l'argent. L'argent est le pouvoir.  C'est le pouvoir qui justifie des guerres folles, qui justifie la conquête de certains pays à cause de leurs richesses minières ou pétrolières. C'est le pouvoir du crime organisé ou de la fraude. L'argent est le pouvoir de la destruction de nos environnements, la destruction de notre écologie fragile.
  
  Comment Jésus résiste-t-il  aux tentation?  Il n'entre jamais en discussion avec le tentateur .  Au contraire, il  lance à la face du démon des paroles de l'Écriture, à chacune des tentations. Aujourd'hui, ce sont des paroles extraites du livre du livre du Deutéronome   « Ce n'est pas seulement de pain que l'homme doit vivre" " Tu ne mettras pas à l'épreuve ton Dieu » "Dieu seul tu adoreras" ( 8 :3, 6 :13, 6;16)
 
   Et nous maintenant comment résister ? 
 
       C'est à la manière de Jésus : en se servant de la  Parole de Dieu.    Mais faut-il connaître cette Parole et savoir s'en servir ?
  A l'occasion d'une tentation, par exemple, de visionner un film porno, d'entrer dans une  liaison adultère, de fomenter une vengeance,  lisez sérieusement une page d'évangile, et vous en verrez l'efficacité pour vaincre la tentation.
       Je  propose un deuxième moyen très efficace. À l'occasion d'une tentation, faire un  vrai signe de croix, volontairement et sérieusement en priant au nom du Père, du Fils et de   l'Esprit. Vous verrez la puissance de ce geste.
  .    Un troisième moyen évidemment, c'est d'implorer la force de l'Esprit,  qui vient prier  en nous la prière du  Notre Père : « Ne nous laisse pas tomber en tentation mais délivre-nous  Seigneur de tout mal. »
 
       En ce début de carême, entrons généreusement et joyeusement dans ce temps de grâce,   fortifiés par le pain de la Parole de Dieu, et le pain de l'Eucharistie, le "pain des forts".  Entrons avec le Christ, qu'il soit notre compagnon de route, et qu'il nous indique les moyens  les plus efficaces pour nous guider et nous donner force et courage à travers les mirages du désert de nos tentations de tout genre, surtout celles de l'avoir exagéré, du savoir incontrôlé et  du pouvoir illimité
 
  Que l'amour libérateur de Dieu soit toujours avec nous. Amen..
 
  Claude  Sigouin, s.m.m.
  Le 12 et 13  février 2005.




Homélies des dimanches précédents



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