5ième dimanche ordinaire. ( C)
                    Is.6, 1-2a.3-8
                    1 Cor. 15, 1-11
                     Lc. 5, 1-11

      En ce 5ième dimanche du temps ordinaire de la liturgie, les trois lectures bibliques nous présentent trois récits différents de vocation, ou d’appel du Seigneur.
     
    C’est d’abord le prophète Isaïe qui nous raconte, à l’occasion d’une vision du Dieu de Majesté, dans le Temple : «  J’entendis alors la voix du Seigneur qui disait : « Qui enverrai-je ? qui sera notre messager? » Et j’ai répondu : « Moi, je  serai ton messager : envoie-moi. »

    C’est ensuite l’apôtre Paul, qui témoigne de sa vocation, après une apparition du Seigneur : «  Car moi, je suis le plus petit des Apôtres, je ne suis pas digne d’être appelé Apôtre, puisque j’ai persécuté l’Église de Dieu »

    L’évangile nous raconte la vocation des premiers disciples, Pierre, Jacques, Jean ses compagnons, soulignant surtout le rôle de leur chef éventuel, Simon-Pierre
 «  Alors, ils ramenèrent les barques au rivage, et laissant tout, ils le suivirent »

      Dans ces trois vocations, nous trouvons un élément commun, un même fil conducteur, à savoir : l’indignité et l’incapacité à répondre à un tel appel du Seigneur.
     
    Quelle est la réaction  du prophète Isaïe? À la voix de Dieu qui l’appelle, il répond : « Malheur à moi, je suis perdu, car je suis un homme aux lèvres impures ! »

            Quelle est ensuite la réaction de l’apôtre Paul ? Il déclare : « .. je ne suis pas digne d’être appelé apôtre,…mais ce que je suis, je le suis par la grâce de Dieu. »

              Enfin, qu’elle est la réaction de Pierre, le pêcheur, impressionné par une pêche inattendue et surabondante?  Il tombe aux pieds de Jésus en s’écriant: « Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur ! »

    Nous voilà en face de trois vocations différentes, celle d’Isaïe, de Paul et de Pierre mais encore d’une manière plus importante, nous voilà  en face de notre propre vocation quel que soit notre état de vie  actuellement, mariés, célibataires, jeunes ou vieux.

      Quel est en effet notre premier appel de la part du Seigneur, notre première vocation comme chrétien et chrétienne ?   C’est la vocation  même de notre baptême, c’est-à- dire, un engagement à suivre le Christ. C’est une vocation qui dure toujours. Je n’ai pas une vocation, je suis en vocation, c’est un état permanent. C’est à tous les jours,
que nous devons mettre en pratique, actualiser les promesses, les engagements de notre baptême, de notre confirmation et de l’eucharistie, trois sacrements complémentaires qui nous interpellent à la mission.
     
      Que veut dire « suivre le Christ » ? C’est beaucoup plus que de marcher en arrière de Lui, c’est encore plus que d’imiter le  Christ, son humilité, sa douceur, suivre le Christ, c’est faire complètement nôtre la vie du Christ, de faire nôtre son projet et sa mission.
      Qu’elle est cette mission ? C’est  de proclamer et réaliser, avec Lui et en Lui, le Royaume de Dieu , un royaume d’amour, de justice et de paix, de proclamer ce royaume dans notre quotidien, dans notre environnement actuel.
     
       Le baptême est  une option fondamentale à suivre le Christ , une disponibilité quotidienne à le suivre malgré les obstacles, un engagement radical à la manière des disciples, «  laissant tout ils le suivirent ».
     
      Que veut dire « laissant tout »? Cela veut dire, en ce qui nous concerne aujourd’hui, de laisser de côté nos peurs, nos craintes d’échec, nos égoïsmes, notre respect humain, «  Sois sans crainte » déclare le  Seigneur.
   
      Alors, que faisons-nous de notre vocation baptismale ?
     
      Il faut d’abord prendre conscience des engagements de notre baptême. Pour la grande majorité d’entre nous, nous avons été baptisés quelques jours après notre naissance. C’était un don provenant de la foi  de nos parents. En grandissant en âge, vertu et sagesse, il nous fallait de plus en plus prendre conscience de ce privilège et des responsabilités qui s’en suivent.  C’était  entrer d’avantage en relation personnelle avec le Christ, se laisser bouleverser par la grâce de cette rencontre.
     
      Il faut ensuite que le Christ monte dans notre barque, selon l’évangile d’aujourd’hui. Il veut notre collaboration.
     
      Qu’elle est cette barque ? C’est d’abord notre milieu de vie, et aussi, le symbole de l’Église.
     
      Pour Simon-Pierre et ses compagnons, la barque était le lieu de leur travail, leur milieu de vie. C’est là qu’ils passaient la plus grande partie de leur temps. Encore aujourd’hui, le Christ  me demande de monter dans ma barque, il s’invite sur mon lieu de travail, dans ma maison, dans ma famille, dans mes loisirs, là où je vis, dans mon quotidien. C’est là qu’il m’enseigne «  Puis, il s’assit dans la barque, il enseignait la foule »
     
      Est-ce que je prends vraiment le temps de l’écouter ?
« Avance au large » . Ce n’est pas un désir, c’est un  ordre de la part du Christ.  « Sur ton ordre, je vais jeter les filets. »  C’est de notre part, un acte de foi, de confiance totale.

      Comme Simon, prêtons notre barque à Jésus. Donnons de bons coups de rames, les rames  de nos gestes d’amour, les rames de notre aide apportée à la situation d’Haïti, les rames de nos pardons, les rames de notre collaboration dans des mouvements chrétiens
       Nous savons aussi que la barque  est le symbole de l’Église
       Jésus veut notre  collaboration , notre engagement baptismal, nos  efforts pour faire avancer la barque de son Église, malgré les vagues qui l’assaillent, les vagues de l’indifférence, les vagues des contestations et des critiques, les vagues des scandales sexuels. Nous croyons que Dieu calmera la tempête.
      Nous faisons au Québec l’expérience d’une Église différente d’autrefois, différente d’un passé récent que nous avons connu, une église pratiquante à plus de 90% et nombreuse.
      C’est maintenant une  Église minoritaire, mais significative  comme une lumière dans les ténèbres, comme un phare dans la tempête, une Église avec des laïcs impliqués. Une Église de qualité et non de quantité.  Une Église multiculturelle  comme une  grande famille de Dieu, de nations différentes, de culture différente, de toutes langues  comme nous le voyons déjà de plus en plus dans nos assemblées religieuses, ici même dans ce Sanctuaire
     Avançons avec courage au large, avançons en eau profonde, le Christ est là, debout dans la barque.  Soyons sans crainte.
      
      En conclusion, qu’elles sont les interpellations des trois lectures de la Parole de Dieu pour aujourd’hui?
      C’est un appel à suivre notre vocation baptismale en nous inspirant de trois vocations différentes, celles d’Isaïe, de Paul et de Pierre  et ses compagnons.
      Quelles sont les l’interpellations plus spécifiques de l’évangile de la pêche miraculeuse ?
    Premièrement, Jésus nous demande de mettre notre barque à sa disposition et à nous éloigner un  « un peu » du rivage de notre quotidien pour vivre des moments privilégiés avec lui et d’écouter sa Parole et la mettre en pratique.
    Deuxièmement, il nous demande de jeter nos filets « au large » dans l’espérance totale, malgré les échecs des nuits précédentes.
    Troisièmement, il nous demande de nous engager  à sa mission, de lancer nos filets surtout  le grand filet de l’amour de Dieu qui veut passer par nos gestes d’amour.

    Par cette eucharistie, rendons  grâce pour  le privilège de notre baptême qui nous  fait participer à  la mission du Christ, une mission qui fait de nous des témoins de son Amour.
    Par l’intercession maternelle de Marie, demandons la grâce d’être comme elle, sans crainte, demandons aussi la  grâce  de croire comme elle que rien n’est impossible à Dieu. Les pêches miraculeuses sont toujours dans l’ordre du possible.

O Vierge Marie, première  disciple du Seigneur, partage avec nous ta liberté et ta disponibilité pour suivre Jésus. Partage avec nous ta force et ton audace pour en assumer les risques.
O Vierge Marie, monte dans notre barque, embarque avec nous, pour mieux  suivre Jésus, et pour mieux entrer dans son grand projet d’amour. Amen.
   
Claude Sigouin, s.m.m
Le 6et7, 2010.