1er
Avent
Année A
Le rêve des hommes, le
rêve de Dieu
Nous entrons dans la période de l'Avent.
Et voici que l'Avent s'ouvre sur un rêve, celui du
prophète Isaïe, dans la première lecture
d'aujourd'hui, comme un vieux rêve de l'humanité:
plus de guerre ! plus de divisions ! tous les peuples à
Jérusalem !
Il y en a qui diraient: Tu rêves, mon cher Isaïe !
As-tu vu Jérusalem aujourd'hui ? On a construit un mur en plein
milieu pour séparer Palestiniens et Juifs. Il y a de la guerre
partout !
C'est comme si on nous disait aujourd'hui: finie la guerre en Irak,
fini le terrorisme, Georges Bush et Ben Laden s'embrasse ! Un vrai
rêve de fou !
Pourtant, c'était le rêve d'Israël, depuis des
siècles.
Ils attendaient, il espéraient un Messie qui apporteraient enfin
la paix. Enfin la paix !
Et Dieu les a pris par surprise: Dieu est venu lui-même !
Dieu a dépassé le rêve des hommes.
Il est venu le partager: Emmanuel, Dieu avec nous.
Le rêve des hommes est devenu le rêve de Dieu.
Dieu est venu dans nos rêves pour nous aider à les
réaliser.
Tout devient possible, rien n'est impossible à Dieu.
Voilà pourquoi on nous invite à rêver, pour entrer
en Avent, pour aller vers Noël.
Car Dieu va toujours au-delà de nos rêves les plus fous,
il les dépasse.
Mais il faut rêver: s'il fallait que nous les chrétiens on
cesse de rêver, ce serait terrible.
Certes il y a des rêveurs qui ont les yeux dans les nuages.
Mais il y a des rêves qui ouvrent des horizons et donnent du
coeur de tenter du neuf, de l'inédit, de l'impossible. Car s'il
y a des rêveurs qui font rien, et il y a des rêveurs qui
s'engagent dans leur rêve. Et Dieu rêve et s'engage, avec
l'humanité.
Ce texte d'Isaïe, un homme l'a repris en mots d'aujourd'hui. C'est
Martin Luther King.
Vous avez son texte dans le feuillet: "Aujourd'hui, je fais le
rêve..."
Et il a entraîné des milliers de noirs dans une marche
silencieuse et paisible vers Washington, et il a changé la face
de l'Amérique. Il y a laissé sa vie. C'était un
rêveur, un vrai. Aussi, le Pape Paul VI a pu le comparer à
Jésus Christ. Et nous prenons conscience des deux grandes forces
qui s'affronteront toujours dans le monde, et en nous: la force qui
veut la guerre, par intérêt, par orgueil, par pouvoir...
et la force qui veut la paix, jusqu'à y laisser sa vie. C'est de
ce côté que se trouve Jésus Christ.
Oui, pour entrer en Avent, il nous faut rêver.
Mais est-ce qu'on peut changer le monde ?
Le rêve serait-il trop grand pour nous ? Qu'est-ce qu'on
peut faire ?
Écoutons l'histoire de l'étoile de mer.
Un jour, sur un plage du sud, la mer s'était retirée et
avait laissé sur la plage des milliers d'étoile de mer.
Le soleil allait se lever, les étoiles allaient sécher et
mourir. Un petit garçon était là, et doucement il
prenait une étoile, il la portait jusqu'au bord de l'eau et la
jetait dans la mer. Un homme s'est approché et lui a
dit:"Qu'est-ce que tu fais là, mon petit ? - Je sauve les
étoiles. - Mais, pauvre petit, il y en a des milliers, qu'est-ce
que ça va changer ?" Le petit garçon n'a rien dit, il a
pris une étoile, il a couru jusqu'à l'eau, il a
lancé l'étoile dans la mer, puis il est revenu, et il a
dit: "Ça va changer beaucoup pour celle-là"...
On peut pas changer le monde, mais on peut changer quelque chose.
C'est pourquoi il faut rêver: à la réconciliation
qui nous semble impossible, au pardon à donner, ou à
recevoir, à la libération d'un être cher... on n'a
pas fini de rêver.
Il y a des petits rêves qui changent la vie.
Le rêve, c'est de ne pas accepter l'échec, c'est de faire
sa part, si petite soit-elle, pour que le monde change. Le rêve,
ça vient de Dieu. Le rêve, c'est l'espérance.
Et l'espérance va jusque là, celle que nous prions en
disant qu'elle ne lâche pas. Dans l'Eucharistie, revient toujours
cette prière pour la paix, juste avant la communion, car toute
prière est un peu un rêve.
Oui, il faut rêver, car il faut prier.
Dieu vient dépasser nos rêves, et leur permettre de
devenir réalité.
Rêver, c'est laisser sourdre du plus profond l'espérance.
Et l'Avent, c'est le temps de l'espérance.
Dieu va venir, car il est déjà venu.
Il va venir, car il l'a promis.
Il va venir pour moi, pour nous, aujourd'hui. Dieu est avec nous,
aujourd'hui.
Tout-à-coup, nos rêves ne sont pas si fous que ça.
Ce sont les rêves de Dieu lui-même.
Et nous sommes chargés de rêver pour le monde.
Si nous, les chrétiens, ne rêvons plus, qu'est-ce que va
devenir le monde !
Nous, les chrétiens, nous allons confier nos rêves au
Seigneur lui-même.
Nous allons regarder l'étoile et nous dire: quel est mon
rêve aujourd'hui ?
Quel geste suis-je prêt à faire pour qu'il se
réalise un tout petit peu.