6ième Dimanche du temps ordinaire.
Lévites 13, 1-2.45-46
1Cor. 10,31---11.1
Marc 1, 41-45

Homéliste:  Claude Sigouin, montfortain


    En ce 6e  dimanche du temps ordinaire, saint Marc nous raconte  la guérison d’un lépreux, « si tu le veux, tu peux me purifier»  une page d’évangile  qui est une provocation scandaleuse pour les juifs du temps de Jésus et une provocation aussi pour nous, en notre temps, aujourd’hui.

    Tout d’abord, une provocation choquante  pour les auditeurs de Jésus.
 Au temps de Jésus, les lépreux étaient des intouchables, des impurs. Ils étaient tenus à distance, à la sortie des villages. Tellement tenus à distance qu’ils devaient agiter une clochette ou crier «impur, impur» pour que personne ne vienne en contact avec eux.
 
             Tout cela était une contrainte religieuse comme nous venons de le proclamer dans notre première lecture du livre des Lévites. « Le lépreux atteint de cette plaie portera des vêtements déchirés, et les cheveux en désordre, il se couvrira le haut du visage jusqu’aux lèvres, et il criera : Impur! Impur! C’est pourquoi, il habitera à l’écart, et sa demeure sera hors du camp».
 
      Et voilà maintenant la provocation scandaleuse de Jésus : « Pris de pitié devant cet homme, Jésus étendit la main, le toucha et lui dit : «Je le veux, soit purifié»
     
      Devant les yeux horrifiés des témoins, geste incroyable, Jésus touche le lépreux, Jésus touche un intouchable. Il contredit les mœurs de l’époque. Il brise les tabous religieux. Bien plus, au yeux des juifs, il devient lui-même impur, intouchable.
     
      Quel est le message que Jésus veut donner ? Il veut nous révéler le visage d’un Dieu qui aime tout le monde, sans exception, sans distinction. Pour Dieu, il n’y a pas d’intouchables, d’irrécupérables, d’indésirables. Jésus révèle le visage d’un Dieu guérisseur,  d’un Dieu sauveur. D’ailleurs, un premier sens du mot salut, veut dire santé.
Dieu donne la santé de l’âme et du corps.
     
      Cette page d’évangile est aussi une provocation en ce qui nous concerne en notre temps, pour nous, aujourd’hui.
     
      Dans notre contexte Nord Américain, nous ne côtoyons pas  de personnes affligées de cette maladie, mais nous savons que des milliers de lépreux souffrent ailleurs dans d’autre pays. Personnellement, j’ai été témoin de cette maladie affreuse, en Papouasie, en Afrique, en Inde, témoin surtout de dévouement de mes confrères montfortains, et des Filles de la Sagesse qui se dévouaint auprès de ces personnes mises à l’écart de la société encore aujourd’hui.
     
      Cependant dans notre société canadienne et dans notre province du Québec, et ici même à Montréal, plusieurs personnes souffrent d’un autre genre de lèpre, la lèpre des exclus de la société, la lèpre de ceux et celles que nous voulons garder à distance.
     
      Nos lépreux à nous, au sens figuré, qui sont-ils ?
     
       Ce sont des individus. Cela peut être un fils ou une fille qui fait honte à la famille et qui s’entend dire : tu ne franchiras plus la porte de la maison.
       Cela peut être un sidéen, un drogué, une prostituée, un itinérant.
      Ce sont des groupes : des étrangers, des immigrants, des musulmans ou encore des personnes qui ne pensent pas comme nous.
      Ce lépreux, il est peut-être intérieur à l’une ou l’autre personne. Une lèpre qui les défigure, une lèpre qui leur fait honte  au fond d’eux-mêmes. Cela peut être un péché qu’elle pense  impardonnable ou le péché d’une tierce personne qui les traumatise et en fond des victimes. Ces personnes pensent faussement que cette lèpre les exclus de l’amitié de Dieu. C’est faux!  Que cette personne s’approche de Jésus, il va étendre la main, la toucher et la guérir. « Je le veux, soit purifié»  
     
    Que nous dit l’évangile d’aujourd’hui au sujet de nos  lépreux que nous rencontrons tous les jours ?

    Premièrement, pour Dieu, il n’y a pas de lèpre qui ne peut pas être guérie. «Jésus, pris de pitié devant cet  homme», c'est-à-dire, plein d’émotion affective, pris aux entrailles,  le toucha : «Je le veux sois purifié» À l’instant même, sa lèpre le quitta et il fut purifié.»  Le toucher est un geste de communication intime, d’encouragement, de réconfort. 
      La guérison de la lèpre à cette époque n’était pas un geste  anodin. Bien au contraire, c’était l’équivalent d’une résurrection. Le lépreux était un mort social.
     
    Deuxièmement, en ce qui nous concerne, que faisons-nous de la provocation de cette page d’évangile ? 
      Il est facile d’identifier nos «lépreux», mais ce n’est pas facile de les approcher et même de les regarder. Il n’est surtout pas facile de les aimer.
      Demandons-nous, qui sont les intouchables dans nos relations humaines ? Quel sera mon attitude à l’avenir ?
    Qu’est ce que je fais avec cette Bonne nouvelle de l’Évangile que je viens d’entendre aujourd’hui ?  J’en parle aux autres personnes de mon entourage. J’en parle dans mon automobile en retournant à la maison. J’en parle en prenant un café avec des amis. J’en parle autour de la table familiale. Dans notre page d’évangile, le lépreux« se mit à proclamer et répandre la bonne nouvelle.          

    Troisièmement, avec le psaume de la liturgie d’aujourd’hui, faisons cette prière, d’une part, pour les vrais lépreux du monde entier et d’autre part, pour les différentes sortes de lépreux, au sens figuré, qui nous entourent ici même dans notre pays :


«N’oublie pas, Seigneur, le cri des malheureux»
    «Seigneur, entends ma prière
    Que mon cri parvienne jusqu’à toi!
            Ne me cache pas ton visage
    Le jour où je suis en détresse

      De son vivant, la Vierge Marie a entendu la clochette des lépreux et les cris : impurs, impurs. Elle devait se réjouir lorsque son Fils guérissait un lépreux. Demandons lui  un cœur compatissant  comme le sien devant tous les exclus de la société. Amen
   
         

Claude Sigouin,s.m.m.
Sanctuaire MRDC
le 12 et 13 février 2012